•  Éloignez les enfants et les personnes sensibles : des images poétiques peuvent choquer.

    Dans les blés
    LE RÉGIMENT DES BLÉS

    Droits sous le dolman jaune et le casque de cuivre,
    Les blés murs, sans bouger, gardent l'alignement,
    Et, fièrement raidis dans la consigne à suivre,
    Ils sont massés en un merveilleux régiment.

    La terre leur a dit mieux que n'eût dit un livre,
    L'inévitable loi du recommencement.
    Ceux qui savent mourir sont les seuls qui font vivre :
    Les blés vont, tout parés, mourir superbement.

    Le soleil, qui préside à l'heure solennelle,
    Darde sur le champ clos sa royale prunelle ;
    Les épis, à leurs rangs, attendent messidor,

    Et tous, sentant venir la suprême bataille,
    Grands et petits, sans perdre un pouce de leur taille,
    Lèvent leurs cous bronzés dans leurs gorgerins d'or.

     

    On raconte qu'après la lecture de ce sonnet de Charles Baussan, André Breton eut l'idée du jeu de l'un dans l'autre. Il s'agissait de faire deviner un mot aux autres membres du groupe au terme d'une métaphore filée. Un exemple valant mieux qu'une explication oiseuse, je cite Anne Seghers qui devait faire deviner rouge à lèvres en utilisant des mots ou expressions se rapportant au pont d'Avignon : « Je suis le Pont d'Avignon, pont qui s'use plus qu'il ne se rompt, je dessine moi-même mes propres arches sur les rives d'un fleuve dont le lit est de cailloux blancs, ce sont uniquement les belles dames qui viennent danser sur moi.»

    Je me demande si ce n'est pas plutôt le jeu du cadavre exquis dont l'idée vint à Breton.

     

    Sources : Ch. Baussan in Le Mois littéraire et pittoresque, janvier 1907 (gallica.bnf.fr)
    Anne Seghers, in L'Enfant, la Poésie, Poésie 1, n° 28-29, janvier-février 1973
    Dans les blés, John Lewis Brown, 1887, musée de Bordeaux (Joconde)

    « Cherokee chocolateCherokee encore »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 25 Septembre 2014 à 09:07

    « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. » selon l'ancien testament, on file la métaphore avec les poètes.

    signé : le cadavre est qui ?

    2
    Jeudi 25 Septembre 2014 à 17:24

    @thé âche – Elle est plus belle dans l'Ancien Testament que dans le sonnet de Baussan.

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