• Prudence école Courdault (85) * – avril 2008

    Trouvé, dans un village voisin, chez un bouquiniste, Poèmes mignons pour les enfants, de Lucie Delarue-Mardrus.**
    On n'apprend plus Lucie Delarue-Mardrus dans les écoles.
    – Si ? Dites.
    Voici un poème mignon. À rimes riches. Politiquement incorrect.

            Cigarettes

    Les cigarettes que voilà
    Sont des Égyptiennes ;
    C'est à papa. Chacun les siennes.
    Les miennes sont en chocolat.


    * Auteur anonyme.
    ** Librairie Gedalge, 1929.



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  • Pommes de terre   LA TRUFFE ET LA POMME DE TERRE

    À la pomme de terre on voulait marier
    La truffe ; mais craignant de se mésallier,
            Celle-ci, d'une voix altière,
            S'écria : « Moi, m'associer
            À cette vile roturière !
    Moi, qui règne aux festins du riche et du gourmet,
    Avoir pour compagnon cet être sans noblesse,
    Unir son goût maussade à mon divin fumet !
    Ah ! ce manque d'égards me confond et me blesse.
    Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours
            Nourrir le peuple, vos amours... »
                La parmentière
                Alors reprit :
    « Il ne te convient pas d'être avec moi si fière,
    Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit :
    Oui, j'en fais vanité si tu m'en fais un crime,
            Celui que la misère opprime
        À moi jamais vainement n'eut recours.
    Je pourrais, te rendant offense pour offense,
            Te reprocher les vilains tours
    Qu'à plus d'un estomac, qu'à mainte conscience...
             Mais chut ! tu me comprends,
        Et plus que toi je serai charitable.
    Tu méprises le pauvre et recherches les grands...
    Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable ? »


                Pierre Lachambeaudie

    Fables, couronnées deux fois par l'Académie française
    Paris, 1851



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  • L'escargot (dessin de Miel)
                                   FABLE
           
                L'ESCARGOT ET LA CHENILLE


    Ses télescopes seuls sortis de sa coquille,
    Un escargot voyait en pitié la chenille,
                Couverte d’un duvet léger,
                Grimper le long d’une charmille.
                « Comment de place oser bouger,
                   Étant si frêle et sans défense ?
                   Quant à moi, grâce à ma prudence,
                   Je cours le monde sans danger :
        Si je veux m’élever à la cime d’un chêne,
                   Je m’y fixe par mon enduit;
                   S’il me plaît de rester en plaine,
                   Avec moi portant mon réduit,
                   Je m’y retire au moindre bruit,
                   Et dès lors crains peu l’offensive.»
    Il parlerait encore : un jeune enfant arrive,
            Voit la chenille et prétend la saisir ;
                Mais, sur un fil imperceptible
                Qui ne trompe point son désir,
    La pauvrette se glisse en son réseau paisible.
    L’enfant en perd la trace, aperçoit l’escargot,
                Et l’écrase à coups de sabot.

    Le garant le plus sûr n’est pas le plus visible.

                        M. DUHAMEL
                        17 AOÛT 1827

    On sait peu de choses de ce M. Duhamel. Pas même son prénom. On connaît davantage Miel qui a de chauds partisans chez
    Schmilblick et à l'atelier Bern'art.

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  • D'un autre Duchesne,* H. G. cette fois, l'excellentissime  Manuel du naturaliste – Ouvrage utile aux voyageurs et à ceux qui visitent les cabinets d'histoire naturelle et de curiosités. Je vous livre une partie de l'article consacré au Limaçon.**

    La nature semble avoir favorisé ce reptile d’une manière particulière. Trop faible pour se défendre, il porte sur son dos un logement toujours prêt à le mettre à l’abri de l'insulte.
    [...]
    L’hiver il se tient caché dans la terre, s’enfonce dans sa coquille et souvent se fait une opercule assez épaisse avec la même matière dont est formé son logement. Au retour du printems, il pousse en dehors cette opercule, et vient jouir des agrémens de la belle saison. Son accouplement a cela de singulier, qu’il est précédé par des agaceries. Les parties de la génération sont situées au côté droit du col. Là est un petit carquois dont l’amoureux Limaçon tire une espèce de dard qu’il lance à un autre Limaçon. Celui-ci répond de la même manière, et le prélude amoureux est terminé par l’œuvre de la double fécondation. Le même jeu recommence de quinze jours en quinze jours jusqu’à trois fois. L’accouplement dure dix à douze heures. Si dans cet état on les jette dans du vinaigre, il sera fort aisé, en les séparant, de reconnaître qu’ils sont hermaphrodites. [...]

    * Sur ahoui : Du même suivi D'un autre du même pour É.-A. Duchesne
    Manuel du naturaliste – Ouvrage utile aux voyageurs et à ceux qui visitent les cabinets d'histoire naturelle et de curiosités – par M. Duchesne, deuxième édition, D – L, Paris, an V (1797)
    ** orthographe et genre des noms ("opercule") de l'édition originale.
    *** illustration : sur une étude à l'encre de Chine pour Est-ce que ?, 1999

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