• J'ai en main le magnifique Brumes d'aube d'Anne Certain, dernier Choisi de l'Atelier de Groutel.

    Sur la couverture, Jacques Renou annonce s'être livré à un pillage dans l'œuvre de l'auteure. Plutôt que pillage – rapine et maraudage – j'y apporterais nuance de grappillage. Comme on grappille groseilles au verger. Du bout des doigts. Puis, comme on fait, en bouche, éclater les baies, langue pressée contre palais.

    Pour dire tout le plaisir que me donne la lecture de ce recueil et comment il réveille l'imagination, je ne saurais rien ajouter à l'introduction de l'éditeur (lire ici), hormis ce dessin. Inspiré des vers d'Anne Certain :
    [...]
    Ne reste de nuit
    que la découpure
    de six cormorans
    cloués comme des enseignes
    émaillées
    sur le mur de lumière.

    Six cormorans
    "Ne reste de nuit...", papier déchirés collés & acrylique sur carton, 10 x 33 cm

     

     


    8 commentaires
  • Des choses qui arrivent...

    Des choses qui arrivent.*  Voilà qu'un ami publie.**

    Les choses qui arrivent ne vous préviennent pas de leur passage. Un chien aboie, un papillon se pose sur un buddleia, une femme affolée vient frapper à la maison, vous cherchez un endroit propice, une roquette est tombée... Lot quotidien, ces choses qui arrivent s'entremêlent, sans souci de hiérarchie, légères ou graves. Jean-Claude Touzeil s'en fait le témoin. Actif – on sort la 2 CV bleue – ou contemplatif – pour une belle turboise, c'était une belle turboise.
    Il y a là, de la fable et de l'affable.
    De la fable dans les poèmes aux vers souvent coupés courts et un art de la chute qu'on imagine venir d'une fréquentation des pelotons... cyclistes. Du blanc au noir,  l'humour y prend toutes les nuances : les mots savent se tenir les côtes.
    De l'affable chez le poète qui porte une attention bienveillante aux gens rencontrés ici ou dans ces pays là-bas.
    Jean-Claude Touzeil offre au lecteur, un précieux sentiment de partage d'émotion(s).

     

     

    * Jean-Claude Touzeil, Des choses qui arrivent, éditions Le chat qui tousse, 2014. Lire aussi le biloba.
    *
    * – Tu vas encenser l'ouvrage ?
        – Au contraire. C'est vachement bien. Et pas qu'en vitrine.
    Notes
    Le titre du billet est emprunté à la meilleure source.
    L'illustration est une étude ancienne pour servir un poème de JCT.


    7 commentaires
  • Jacques Renou me fournit la matière de ce billet. Je n'ai rien à changer à la présentation du prochain Brumes d'aube d'Anne Certain qui doit paraître fin novembre à l'atelier de Groutel.

    Anne Certain, Brumes d'aube.

    Portfolio composé en caractères mobiles en plomb, imprimé sur presse platine typographique. 40 pages, couverture à rabats. 50 exemplaires numérotés. Avant-lire de Jacques Renou.
    Collection Choisi, n° 27

    Avec Brumes d’aube, il ne s’agit pas d’ajouter à la litanie de promenades poétiques, charmantes descriptions de paysages, parfois correspondances d’états d’âme basculant de l’exaltation devant les fastes de la nature à l’abattement face à son extinction, en passant par la rêverie languide. Selon Hughes Labrusse, « si le poète a besoin de modèle, c’est qu’il y a peu en lui ». Anne Certain ne copie rien, il y a tout en elle. Entre palabre « noir ivoire » et « silence à large poitrine », elle immisce une poésie chaude et inquiète dans une gravité qui laisse parfois entendre que pourraient sourdre drame et souffrance « J’affronte en tremblant la nuit prête à bondir ». Le regret, la nostalgie « de jardin je n’en ai plus » et la résignation « je me regarde passer » côtoient un appétit de chaque instant. Le poète aime les fleurs, les noms qui leur sont donnés, l’observation des animaux, la marche en pleine nature, et pour résumer, faire toutes les choses assez banales et qui rendent le temps précieux.
    Anne Certain n’écrit plus à l’heure actuelle, mais sa collection de recueils inédits mériterait un plus grand pillage que celui proposé dans Brumes d’aube, extrait de La Gravité des nuages (2006) et de Cassures Collures (2008)

    Jacques RENOU.



    Anne a publié son premier recueil en 1993 (Travaux de saison, éditions Donner à Voir)
    Petites palabres noir ivoire, premier recueil de la collection Petits Carrés, chez Donner à voir, se termine par ces vers :

    Femme.
    Simplement
    femme.
     
    Anne Certain
    Anne Certain animant un atelier d'art postal lors du Printemps de Durcet, en 2005. (Photo M/YB)
     
    En souscription à l'Atelier de Groutel : 18 € + port (1 €) – Bon de commande à télécharger.
     

    6 commentaires
  • Polder 163 & 164

    Les poèmes d'un amour éteint sont encore des poèmes. Avec Écrits la nuit (suivi d'Écrits d'amour),  Marie-Anne BRUCH prend le temps – celui de la nuit – de tracer les contours du silence, de l'absence, de l'abandon. Sans amertume. L'homme que j'aimais / était heureux sans moi. Plus que la solitude nouvelle qui l'a motivé, c'est l'acte d'écrire qui donne corps à cet ensemble. On suit le cheminement d'une pensée apaisée au fur et à mesure de l'écriture. Nécessité de la poésie pour consoler le poète – et ses lecteurs.
    La couverture de Claire Ceira dépeint parfaitement les lieux et temps du recueil.


    Patrick LE DIVENAH n'est pas sérieux. Je veux dire pas sérieux avec les mots. D'abord, il va les chercher chez les plus savants : entomologistes, botanistes, arachnologues, ornithologues, allergologues, dermatologues, castrologues... Il en joue. À leur insu. Et les voilà qui prêtent à rire. Douves et bilharzies de l'ordre des plathelminthes exhibent en vain leurs ventouses quand profondément s'ennuie un balantidium au fond de l'intestin d'un porc. Newton & Milo, de la pomme reçue sur la tête, le poète nous en met un bras. C'est vif, vigoureux, revigorant. Petite cosmogonie, aurait dit Queneau. Portative, de surcroît.

    Ces deux derniers Polder (coédition Décharge et Gros Textes) sont disponibles sur le site de la revue Décharge.
    On lira également les I.D. de Claude Vercey. :

    I.D. n° 507 : Journal de nuit à propos de Marie-Anne Bruch.
    I.D. n° 493 : La zoologie joyeuse de Patrick Le Divenah, avec les poèmes Le balantidium et Hanneton




    7 commentaires
  • Chemin de Durcet

     

     

    Ce dessin accompagnait un poème élu sur le Chemin des poètes de Durcet en 2009.

    Idée d'un temps suspendu.

    Tant à espérer : la graine, le nid.

     


    9 commentaires
  • Après être revenu sur Paul Deschanel, il faut également faire sa fête à Ambroisé Paré, passé trop rapidement ici il y a quelques jours.*

    Voici le chapitre IV de son livre De la generation de l’homme, et maniere d’extraire les enfans hors du ventre de la mere, ensemble ce qu’il faut faire pour la faire mieux, et plus tost accoucher, avec la cure de plusieurs maladies qui luy peuvent survenir.**
    Où le lecteur va découvrir que le verbe habiter cache bien son jeu.

    La maniere d'abiter & faire generation

    L'homme estant couché avec sa compagne & espouse, la doibt mignarder & esmouvoir (si elle ne l'estoit) la baisant, & parlant du jeu des dames Rabattues, en luy maniant les tetins, & les parties genitalles, affin qu'elle prenne volonté & apestit d'abiter, & que les deux semences se puissent rencontrer ensemble, car aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes : & pour encore advancer la besoigne, la femme fera une fomentation d'herbes chauldes cuittes en bon vin et malvoisie, à ses parties genitalles, & mettra pareillement dedans le col de sa matrice ung peu de muscq & civette, & lors qu'elle sentira estre esguillonnee & esmeüe, le dira à son mary : adonc se joindront ensemble, & accopliront leur jeu doucement, atendant l'un l'autre, faisant plaisir à son compaignon, & quand les deux semences seront jettees, l'homme ne doibt promptement se desjoindre & descendre, à fin que l'air n'entre en la matrice, & n'altere les semences, & quelles se mixionnent mieux l'une avec l'aultre :  & subit que l'homme sera descendu, la femme se doibt tenir coy, & croiser & joindre les cuisses & jambes, & qu'elle ne parle, ne tousse, n'y esternue, & qu'ellle dorme promptement apres si luy est possible.

     Chose sans nomVous auriez aimé qu'on vît au lit l'espouse & son mary ?

     

    * Commentaire de Flora du 10 octobre : « Quand Ambroise paraît, on lui répond: "Rond comme le "O" de Giotto " Ecco ! »
    ** BIU Santé.


    6 commentaires
  • Les cartes poèmes des éditions Donner à Voir, une belle idée de support pour écrire à ceux qu'on aime. Au percepteur aussi, s'il est de la famille ou si on doit réveiller sa clémence pour une petite négligence dans la déclaration d'impôts.

    – L'idée n'est pas neuve, dites-vous, il y a un siècle déjà, les tourlourous écrivaient à leurs promises sur des cartes postales agrémentées de quelques vers : Près de vous tout brille et le ciel s'irise / C'est de votre Amour que mon cœur se grise.
    – Pouvons-nous comparer vers de mirliton et poésie authentique, photo compassée et créativité graphique ? Hein ? Je vous le demande.

    Carte postale ancienne    Donner à Voir
    Les quatre nouvelles cartes sur le site de Donner à Voir.

    Ne pas manquer sur la page d'accueil, le poème de Joël Picard, extrait de Duos, le tout dernier recueil paru. On n'est pas étonné que cette sensibilité ait séduit  le comité de lecture.

     


    6 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique