Coucou
Ce coucou rouge revient chaque année* en lisière de jardin. Il faut dire aussi que je lui épargne la binette.
Pour illustrer la photo, je pensais à Snoopy et au Baron rouge quand ce texte de Couailhac m'est tombé sous les yeux.
Rien à voir ? Si ! Un coucou. Et quel coucou !
De tous les véhicules de l'Époque-Rococo, il ne reste que le coucou de Paris et la vinaigrette de Lille ; le coucou, humble boîte à compartiments que traîne un
cheval poussif, la vinaigrette qui tient le juste-milieu entre la chaise à porteur et la brouette.
C'est la vieillesse qui a conservé la vinaigrette, c'est la jeunesse qui fait vivre le coucou ! C'est une si charmante voiture ! On y est si bien pressé,
si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l'époque où les Desgrieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelotte à la Râpée avec les Manon Lescaut** des
piliers des halles ! Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps où les grisettes
portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh, la charmante
voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !***
* De saison (21 mars 2011). Les commentaires valent le
détour.
** Si on veut briller en société, on évitera de confondre Manon Lescaut et la Princesse de Clèves.
*** L. Couailhac, Les Français peints par eux-mêmes : encyclopédie morale du dix-neuvième siècle ; tome 2 ; Curmer (Paris), 1840-1842. Source :
gallica.bnf.fr