Jarnigoi
Ce Paulo Déroulède, qui encourageait le pioupiou à transpercer le Prussien ! Quel poète ! Quel visionnaire ! Économiste libéral : Pour vivre il faut produire, acheter, vendre. Écologiste : Éteignons les feux qui n'ont plus d'emploi ! Sexologue : Que la semence tombe à l'heure où le jour monte, Et que la main de l'homme éveille, ardente et prompte... Ou encore conseiller conjugal dans ce poème des Chants du paysan que je vous livre en intégralité.

Dürer, Le Paysan et sa femme – Source : gallica.bnf.fr
Conseils
Paysan qui cherches femme,
Prends-la, plus tôt que plus tard,
Au cœur simple, au doux regard ;
Si ses yeux ont trop de flamme...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Ces yeux-là ne sont pas nôtres,
C'est le paradis des autres,
Ce sera l'enfer pour toi.
Prends-la de grandeur moyenne,
Et d'esprit à l'unisson.
Si sa taille et sa raison
Dépassent par trop la tienne...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Forte taille et forte tête,
Pour les tiens c'est la tempête,
Et c'est la grêle pour toi.
Prends-la d'aplomb sur ses hanches,
De corps sain, d'aspect nerveux,
Belle même si tu veux ;
Mais si ses mains sont trop blanches...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Ces mains ne savent rien faire,
C'est du travail pour ta mère
Et c'est du souci pour toi.
Paul Déroulède
Chants du paysan, Calmann Lévy éditeur, 1894