En avril, ne découvre pas d'un fil
Un jongleur, une trapéziste, une chanteuse, une ou plusieurs danseuses, une actrice dans un rôle de balayeur, un vélocipédiste, un accordéoniste qui joue accessoirement du bugle, un piquenique entre amis et voisins, une mobylette – de marque MBK – surmontée d'une actrice qui met les gaz à fond, un air de fête, un air de fête ce qui te plaît.
Bégaiement
À Cécile
On va penser que je bégaie.
On a déjà vu l'image !
Si c'est comme ça, on ne viendra qu'un jour sur deux...
Qu'on se détende et apprécie la nuance.
Et à propos de bégaiement, lisons le savoureux rapport d'un inspecteur après sa visite de l'école de E...., dans le canton d'Abbeville, en Somme :
« Les conseillers municipaux récusent cet instituteur comme incapable de gérer à cause de son bégayement. Je l'ai fait lire, calculer, corriger des devoirs devant ceux mêmes qui l'accusaient, en leur disant de signaler toutes les fois où il hésiterait. Il a lu, calculé, corrigé sans hésiter le moins du monde. Ils ont été forcés de convenir qu'il n'avait pas bégayé une seule fois ; cependant, ils n'en persistent pas moins dans l'intention de le faire sortir. Il y a là-dessous des haines et des manœuvres cachées qu'il faudrait éclaircir avant d'user de rigueur contre lui. Le comité a mandé l'instituteur d'E...., l'a fait parler et lire, l'a examiné avec soin, et a reconnu que le bégayement prétendu n'est qu'une hésitation légère et momentanée, et que le motif secret de la plainte formée contre lui, c'était qu'il n'avait pas assez de voix pour chanter au lutrin !!! »*
* Tableau de l'Instruction primaire en France, d'après les rapports adressés au ministre de l'Instruction publique par les 490 inspecteurs chargés de visiter toutes les écoles de France, à la fin de 1833. Paris, 1837.
Alimentaire
Deux étiquettes – juillet 2010
Temps de confitures et de conserves.
Une erreur d'orthographe s'était glissée dans le billet d'hier. Ne la cherchez pas, elle a disparu. J'ai consulté. Ma Grammaire méthodique du français*. Qui m'apprend, page 497, qu'en règle générale, le verbe s'accorde en personne et en nombre avec le sujet. Je me le tiens pour dit.
* Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul, PUF, 1994.
Au doigt près
À Robin, qui s'était mis le petit doigt dans l'œil
– Pour un ami, je donnerai un doigt.
– C'est une image ?
– Précisément.
Si l'index trempé dans la confiture suggérait la gourmandise, l'auriculaire dressé faisait état d'un rien de préciosité. Et certains Malins interprétaient encore différemment la figure formée par ces deux doigts levés.*
Pour cette nouvelle version de l'affiche du gris et puis... j'ai tranché dans le vif (Passer le curseur au-dessus de l'image).
* On trouve quelques photos de Bush, Sarkozy ou Kouchner faisant le signe satanique sur le Net. Je n'ai pas vérifié s'il s'agissait de montages.
Lune de Miel
à Miel
Le spectacle commence. L'actrice écarte les rideaux. Tire la langue. Le théâtre est affaire de langue – Pas que, mais affaire de langue. J'y avais d'abord – sur la langue – posé une lune*.
Je réunis un petit public pour tester l'image.
– Pourquoi cette pièce sur la langue ? demande l'insolente enfant.
Je dessine la lune. Miel y voit une pièce**.
La lune... Une pièce ?
– Bon sang, mais c'est bien sûr ! ***
Une pièce... Une pièce de théâtre !
* On se demande où il va chercher ça.
** On se demande où elle va chercher ça.
*** On ne se demande plus où il va chercher ça.
Dessin pour l'affiche d'une soirée théâtre, 2010, pastels à l'huile sur papier
Lapsus linguae
Une jeune femme.
Un pompier.
Toute allusion à une actualité récente serait purement fortuite.
Il s'agit là du détail d'une affiche pour la Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco.
À deux mots près
À deux mots près, la Cantatrice chauve a été écrite par Eugène Ionesco. Petit
extrait :
On entend sonner à la porte d'entrée.
M. Smith - Tiens, on sonne.
Mme Smith - Il doit y avoir quelqu'un. Je vais voir. (Elle va voir. Elle ouvre et revient.) Personne.
Elle se rassoit.
M. Martin - Je vais vous donner un autre exemple…
Sonnette.
M. Smith - Tiens, on sonne.
Mme Smith - Ça doit être quelqu'un. Je vais voir. Personne.
M. Martin, qui a oublié où il en est - Euh !…
Mme Martin - Tu disais que tu allais donner un autre exemple.
M. Martin - Ah oui…
À deux mots près ! Qu'est-ce que je vous disais ?
Détails
« Si l'on a contracté l'habitude de coucher avec une cravate , il faut bien prendre garde de la serrer ; on en devine
facilement la raison.»*
Détail d'une scène dont on se demande où veut en venir l'auteur. La cravate rouge est elle-même un détail – vestimentaire – de l'homme au chapeau – autre détail vestimentaire.
* Baron Émile de l'Empesé, L'Art de mettre sa cravate de mille et une manières, Bruxelles, 1829
Patron
Croquis préparatoire pour l'Entreprise
Topa ne manquait pas d'imagination quand, hier, il évoquait un cycliste dictant sa route à une Marianne peu réjouie.
Sa description est proche de ce premier croquis pour l'affiche de l'Entreprise, une pièce de Béatrice Pasquier. Le patron est sur le dos de sa secrétaire, au figuré et au propre.
Autre portrait de patron pendant qu'on y est :
« Dans le bureau, situé face l'escalier, le feu brûle, mais pas pour tout le monde. Une masse informe, au ventre grondant et rebondissant, appuie une tête pendante et échevelée, tandis que les membres jetés négligeamment au hasard, empêchent tout accès à la douce chaleur. C'est le patron, qui est là : saluez sa majesté ! »*
* Henri Solle, Je dis ceci à mon patron / par un employé d'hôtel, Toulouse, 1905 (gallica.bnf)
Projet généreux
Deux pièces au programme.
Du vent est tiré de l'Art de péter de Hurtaut et d'écrits de Mozart et Rabelais, dans une mise en scène dense et brillante d'André Lenoir.
Dans l'Entreprise, Béatrice Pasquier, auteure et metteure en scène, sait ménager des moments de rire, dans une description sans concession de la vie d'une entreprise à l'heure des licenciements.
Projet initié par un groupe d'élèves du lycée professionnel agricole d'Alençon. Le bénéfice des deux soirées servira à financer l'éducation de chiens d'assistance à personnes handicapées.