Penchant
Maquette de sculpture, pierre et bois : la Scoliose.« Les causes prédisposantes de la scoliose sont : la jeunesse, le sexe féminin...»*
La jeunesse a bon dos !
– Le sexe aussi !
* Abrégé de pathologie chirurgicale, P.-J. Haan, Louvain, 1854
Lourde, lente
Lourde, lente, 1999, calcaire,
h. 18 cm env.Le titre de la sculpture est emprunté au roman d'André Hardellet, Lourdes, lentes...*
L'œuvre a fait l'objet d'un moulage pour un tirage en bronze.
* Lire sur le Matricule des anges, l'article documenté de Didier Garcia – que je salue s'il passe en ces lieux.
Plus belle qu'une poubelle
Dans les minutes du procès* qui a opposé les États-Unis à Brancusi, à propos de
Oiseau dans l'espace (ci-dessous, à droite), on lit l'interrogatoire de Jacob Epstein par le juge Waite :
Q. Cela ressemble davantage à la quille d'un navire, non ?R. S'il était couché.
Q. Et un peu aussi au croissant de la nouvelle lune ?
R. Oui.
Puis par Me Higginbotham :
Q. Si M. Brancusi l'avait appelé "poisson", vous y verriez un poisson ?
R. S'il l'avait appelée "poisson", je l'appelerais "poisson".
Q. Et s'il l'avait appelé "tigre", vous changeriez d'avis et vous considéreriez que c'est un tigre ?
R. Non.
Loin de moi la prétention de me comparer à Brancusi (quoique parfois !), mais mon Flamant a rencontré pareille incompréhension. Dans sa nouvelle demeure, la femme de ménage lui avait trouvé l'emplacement qu'il semble mériter à son jugement : la poubelle !
* Brancusi contre États-Unis, un procès historique, 1928 ; Adam Biro, 2003
Ci-contre (à gauche) : Flamant (ou Grippe aviaire), 2005, béton armé, h. 85 cm. Collection privée.
Plus belle qu'une poubelle est un titre des Soft Machine.
Minimaliste
L'œuvre se présente comme une boîte. D'ailleurs, c'en est une. Noire. Aux dimensions suivantes : 9,5 x 8,8 x 2 cm.
Il s'agit d'une boîte recyclée. Un fond, d'un noir moins intense que le reste de la boîte, masque peut-être l'inscription d'une marque de cigares.
Le titre est tracé à l'acrylique rouge. On lit nettement PORTRAIT DE LA GRANDE FILLE MAINTENANT.
L'œuvre n'est ni signée – mais on en connaît l'auteur –, ni datée – les années 1990 semblent une estimation plausible.
Elle n'aurait jamais été exposée.
Elle appartient actuellement à une riche collectionneuse qui affirme lui accorder une grande valeur affective.
Joseph Poisle-Desgranges
En première intention, la photo de cette sculpture en cours de réalisation accompagnait l'article d'hier. Finalement, j'ai choisi une illustration qui n'allait pas distraire la lecture.
À l'inverse, la fable de Joseph Poisle-Desgranges pourrait bien faire qu'on s'intéressât moins à mon œuvre. Crâne de blaireau que deux canines en or et diverses choses doivent encore compléter.
LE RASOIR ET LE BLAIREAU
Coquet blaireau, mordant rasoir,
Placés vis-à-vis d'un miroir,
Tour à tour servaient à leur maître.
Le rasoir faisait disparaître
La barbe ou le duvet qu'il trouvait en chemin,
Et le soyeux blaireau, se chargeant sous la main
D'une mousse blanche et durable,
Se complaisait à rendre un menton vénérable.
Tout à coup le rasoir blesse l'homme en glissant.
— Maladroit ! dit en pâlissant
Le blaireau, qui se pose en sage ;
Vois le sang qui jaillit du plus charmant visage,
Et l'effet que produit trop de légèreté.
— Ah ! ne me blâme pas de ma vivacité,
Lui répond l'autre en son langage ;
Si j'avais comme toi flatté sur mon passage,
De mon mérite on eût douté.
Au doux ami qui nous caresse
Et passe sur chaque défaut,
Préférons celui qui redresse
Et tranche parfois, s'il le faut.
Joseph Poisle-Desgranges
Cent et une fables, Paris, 1852
source : gallica.bnf
Tu trouves qu'elle me ressemble ?
Toute en courbes, jusqu'à cette rupture, ce piton dont on ne sait s'il faut y rattacher une tête.
Taillée pour J.*
Jamais offerte.
Des fleurs en lieu. Parce que périssables.
Sans titre, 1999, calcaire, hauteur env. 10 cm.
* L'initiale a été changée pour préserver l'anonymat de Céline.
Il ne jette rien
Une œuvre récente ?
Oh non ! Elle remonte même à la nuit de mes temps. Avais-je seulement barbe au menton ?
Terre cuite sortie de l'oubli, campée sur une linogravure représentant une carotte. Sic ! Vue sur la tranche, une linogravure pourrait tout aussi bien montrer Napoléon à Azincourt ou Albert Einstein recevant une pomme sur la tête.
Exhumées
Les travaux d'élagage ont le mérite de redonner jour à des pierres oubliées.
Abandonnées pour n'avoir pas répondu à l'attente de l'artiste. Formes généreuses pour cette femme marchant d'un pas décidé. Sans tête. Sans titre. À droite sur l'image.
À gauche, on aura reconnu Burning cow présentée ici en mars 2007
À la noix

Je reviens de chez mon libraire préféré avec Les Idolâtres de Joann Sfar et quelques autres pièces de choix. La météo annonce un coup de vent. Deux raisons de remettre en lumière un billet ancien (26.12.12).
Elle aurait pu s'appeler Gîte à la noix, tellement c'était à la noix.
Une de mes premières sculptures. En béton cellulaire.
Elle aurait pu, mais c'était Vache arrière. On comprend pourquoi.
J'en parle au passé car un coup de vent vient de la briser.
Mon cœur avec. Je n'avais pas réussi à m'en séparer.
Écrasée
Autre dommage du dernier coup de vent.
Écrasée. La structure grillage et papier de ce qui devait avoir des formes féminines et généreuses. On reconnaît une tête. En haut. Là où est le plus souvent la tête. Une taille resserrée sur des hanches larges. Et une excroissance volumineuse. Abcès, anthrax, bubon, furoncle, panaris, phlegmon, pustule, tumeur. Ne me demandez pas. C'est déjà assez douloureux comme ça.