Rumination
Quelle paix dans le troupeau !
On rumine.
On rumine cette histoire d'un homme qui rumine.
Histoire d'un homme de Bristol, qui rumine, par le Docteur Frédéric Slare*
Ayant ouï dire qu'il y avoit à Bristol un homme qui ruminoit, j'écrivis à M. Day, maire de cette ville pour m'informer du fait, & j'en ai reçu la réponse suivante.
L'homme dont il s'agit, est âgé de vingt ans : il commence à ruminer un quart d'heure après avoir mangé : la nourriture, à ce qu'il lui semble, s'arrête dans la partie inférieure du gosier, où elle lui cause un sentiment de pesanteur ; elle ne passe qu'après qu'il la remâchée, & elle revient dans le méme ordre qu'il l'a avalée, c'est-à-dire, que le premier mets dont il a mangé, remonte le premier dans la bouche, & ainsi des autres. Ce rumínement dure environ une heure & demie, lorsque l'homme a fait un bon repas ; & s'il se couche en sortant de table, il ne peut dormir qu'après avoir ruminé le temps ordinaire ; il rumine également toutes sortes de nourritures, soit solides, soit liquides, & il les trouve d'un meilleur goût la seconde fois que la première. Le pain, la viande, le fromage & la boisson m'ont paru avoir la même couleur lorsqu'il les ruminoit, que tout cela auroit eu, si on l'eût mêlé & broyé dans un mortier.
Au reste, cet homme a toujours ruminé, & il ne se souvient pas d'avoir commencé : quand il y a quelqu'interruption à cet égard, c'est une marque qu'il est malade : il a été allaité par sa mère ; son premier métier a été de travailler aux mines, il est à présent manouvrier, & ne manque pas de bon sens.
Son père ruminoit quelquefois, mais beaucoup moins que lui.
* Extrait des transactions philosophiques de la Société royale de Londres, 1691
(source :google.books)
Clin d'œil à Claude Vercey, pour sa rubrique Ruminations de la revue Décharge.