Torche en main
Où l'on doit s'attendre à voir que l'auteur de ce blog maîtrise à la perfection un désordre apparent de sa pensée.
Il y a quelques jours, nous avions laissé M. de Réaumur en pâmoison devant un couple de papillons, puis, sautant du lépidoptère au léporidé, on nous avait tenu en haleine avec quelques chauds de la pince et attributs connexes. Voici qu'on retrouve l'intempérant inventeur du thermomètre à alcool, décrivant – éloignons dame Boutin – les amours d'une poule et d'un lapin*.
Après des approches un peu rudes, « vers les 7 heures, le lapin se rapprocha de la poule, qui un peu auparavant avoit cocoté, mais très-doucement ; elle étoit au milieu de la chambre lorsqu'il porta la partie antérieure de son corps sur le dos de celle-ci avec une nouvelle ardeur ; il dut s'y mieux cramponner peut-être qu'il n'avoit fait jusqu'alors, ou peut-être que la poule n'avoit plus la même envie de le fuir ; elle fit pourtant quelques pas en avant, mais assez lents, & ayant ses jambes un peu fléchies. Le lapin passionné tint ferme & ne l'abandonna pas, aussi le moment où elle alloit consentir à être subjuguée, étoit-il proche ; elle s'accroupit comme fait toute poule qui après avoir fui devant le coq consent à souffrir ses caresses ; elle permit au lapin de se poser comme il le voulut ; il laissa ses deux jambes postérieures à terre, & disposa son corps tout du long du dos de la poule, dont la queue se trouva jetée, par la pression des cuisses du lapin, sur le côté gauche ; enfin la poule devint pour lui une lapine ; il resta sur elle en action quatre à cinq fois plus de temps qu'un coq n'y fût resté.»*
– Et tu ne sais toujours pas dessiner les lapins ? ne manquera pas d'observer un fin lecteur.
Jeune personne, torche en main.
Dessin en marge d'un autre projet.
Début janvier.
* Art de faire éclore et d'élever en toute saison des oiseaux domestiques de toutes espèces, 1751