Ça me la coupe
J'apprends avec Jean-Loup Chiflet* qu'annoncer une coupe sombre dans un budget est un contre-emploi. Voici comment le code forestier** définit une coupe sombre :
« La première exploitation ou première coupe ne fait tomber qu'environ la moitié des arbres. Ceux qui restent sur pied doivent se trouver encore assez rapprochés, 1° pour que leurs têtes, agitées
par les vents puissent se toucher ; 2° pour qu'ils puissent couvrir de leurs semences toute l'aire de la coupe ; 3° pour que leur ombrage protège la faiblesse des jeunes recrus, soit contre les
grands froids, soit contre les ardeurs d'un soleil brûlant ; 4° pour que les herbes, les plantes nuisibles et les bois blancs ne s'emparent pas de l'aire de la coupe, ce qui ne manque pas
d'arriver si on la découvre tout-à-fait.
Cette première coupe est appelée coupe sombre, expression qui peint parfaitement l'état de la coupe après le premier abattis ; car toutes les cîmes rapprochées donnent un ombrage épais et
sombre.»
Ça vous la coupe aussi ?
En attendant, l'hirsute ci-dessous serait bien avisé de croiser une tondeuse.
* Jean-Loup Chiflet, Français mon amour ! Allégorie... ma chérie !, Chiflet & Cie, 2013. On sait bien qu'on sait pas tout, mais là, on en apprend davantage. Merci pour le cadeau.
** M. Baudrillart, Code forestier, tome 2, Arthus Bertrand, Paris, 1832.
À charge
J'apprends, dans le Mémento du pontier*, quelles sont les qualités d'un bon
pontier :
– attention vigilante ;
– précision ;
– soin ;
– calme et sang-froid ;
– docilité ;
– rapidité ;
– sociabilité.
– Docilité ? Vous charriez ?
– Vous le voulez ce boulot ou non ?
– !
– Car comme dit Pôle Emploi, lorsque vous aurez fini votre travail avec les engins, vous irez dans les tranchées avec les manœuvres. Pas question de faire le pied de grue.
Ci-contre, les commandements de l'élingueur.
* éd. INRS, 1968. Si on s'est déjà étonné de mes lectures diversifiées ? Pourquoi cette question ?
Lectures improbables : la crème des revues
J'ai en main, le numéro 3 (novembre 1964), de Pâtisserie Progrès, organe des boulangers-pâtissiers. Quelle richesse éditoriale !
J'y apprends que les pieds-noirs font de la pâtisserie française ; que Théophile Delcassé, ministre de la Troisième République, était très gourmand ; que la valeur thérapeutique du cognac ne peut être passée sous silence ; que chaque semaine, en 3e année, les élèves de la section pâtisserie du Collège technique de Cambridge consacrent 6 heures de dessin et décor de cakes (notre photo) ; que M. Eugène R. (55 ans, ouvrier d'entretien) confie, dans un interview-éclair (sic) à Harold Kay d'Europe 1 : je mange des gâteaux le soir quand je rentre, avec mes six chiens... et ma femme naturellement" ou encore que si vous mangez trop de gâteaux, derrière les dents, il vous reste de la tarte.
La revue a vraisemblablement cessé de paraître après son numéro 4. Et c'est fort dommage.
Ces nains portent quoi ?
à Léonie, qui vient de s'offir l'un des trois derniers exemplaires de "S'occupe des filles"
Le Péché originel (détail) – Catéchisme en images, Paris, 1908
Tirée de mon dictionnaire*, cette définition de n'importe quoi** :
n'importe quoi. s.m. au fig. Un des mille et un pseudonymes de messire le con et de monseigneur le vit.
" Du paradis, lorsque le premier homme
Se fit chasser, qui causait son émoi ?
La bible veut que ce soit une pomme,
Et moi je dis : c'est un... n'importe quoi."
G. Chevalier
* Le Petit Citateur – Notes érotiques et pornographiques. Recueil de mots et d'expressions anciens sur les choses de l'amour, etc. pour servir de complément au Dictionnaire érotique du professeur de langue verte, par Jules Choux, bachelier es mauvaises langues, Paphos, 1881 (source : gallica.bnf.fr)
** Étienne Roba a fait vivre jusqu'en décembre 2010, Ces nains portent quoi, blog fourre-tout de ses délirades powétiques, dont les pages sont toujours visibles sur le net.
Lectures improbables - 6
tout comme Niquée voyant son amant
Madame de Sévigné
Alexis Large a réuni dans les Perles de Vénus* des lettres de femmes, aux amours difficiles, qui cherchent conseil auprès de journalistes, députés, prêtres... Lettres tellement invraisemblables qu'on les pense authentiques. Ou le contraire.
Il se trouve que je les lis et, pire, en partage la lecture.
– Tu n'as rien de mieux à lire ? me demande Isabelle Alonso**.
– Ben...
« Il y a des femmes que leur mari trompe avec d’autres plus belles qu’elles, on ne peut que les excuser quand on en voit qui, comme le mien, font positivement l’amour, soit avec leur bagnole, soit avec leur Télé. Alors qu’est-ce qu’il me reste à moi qui n’ai aucune envie de caresser le tuyau de mon aspirateur ? Aussi, quand un commerçant me dit des blagues, au lieu de le prendre au tragique comme avant la voiture et la Télé, je souris et je sais bien ce qui va arriver : C’est comme dans les engrenages quand on y a mis le doigt, et pour être franche, je me le laisse de plus en plus mettre.
Mme J..., Claudia,
boulevard des Sablons, Neuilly.»
* Les Perles de Vénus, recueillies par Alexis Large, présentées par Albert Aycard, Denoël, 1963.
** Fondatrice avec Florence Montreynaud des Chiennes de garde.
Un jeu pour l'été
Mais à quoi pense Maurice Leblanc quand il écrit :
« Cela ressemble à tout : à des œufs de poule, à des tartes, à des pyramides, à des sacs, à des bananes, à n'importe quoi.»
Certes, il n'y a rien palper... Un indice néanmoins :
Source images : Joconde & gallica.bnf.fr
Private message
Welcome to Lylou and congratulations to her great-grandparents. La Reine d'Angleterre peut aller se
recoiffer.
Lisez-le, vous ne serez pas déchu
Vide-greniers de St-Symphorien – septembre 2013
André Blanchard tient des carnets.
Il y note ses impressions de lecteur. Le livre, l'écrivain sont la matière de la plupart des billets. À la demande générale ouvre sur ces lignes :
« C'est le nouveau logo de la hiérarchie, on ne peut plus dans l'air du temps, qu'on voit dans les brocantes et autres vide-greniers : sur les étals, bibelots et camelote ; par terre, en vrac comme si on avait vidé la poubelle, les livres.
Devoir se mettre à genoux afin de fouiller parmi ces déchus revient à schématiser l'envie qui nous prend : demander pardon.
Et en acheter, c'est l'être, pardonné.»*
La photo est une mise en scène. Légère. J'ai simplement sorti le livre de ma musette pour le poser sur le premier étal du vide-greniers. Par un hasard qu'on rencontre peu, les déchus consignés dans cette valise ont un rapport étroit avec les carnets d'André Blanchard : Balzac – il faudra relire la Cousine Bette pour une « tonitruante tirade sur la finance » – ; Baudelaire dont « le poème déclenche une telle aura qu'il en devient d'essence divine » ; le Nouveau missel des dimanches pour « l'impression d'être à confesse, mais façon dominant : côté curé ». C'est une chronique du Canard enchaîné qui m'a permis de découvrir André Blanchard, voici quelques années – j'ai depuis dévoré tous ses carnets.
Quant aux enjoliveurs, c'est pour enjoliver !
* André Blanchard, À la demande générale, Le Dilettante, 14 mars 2013, 1515 exemplaires – L'auteur se soucie peu d'élargir son lectorat .
Bon appétit
Pré, St-Symphorien – 09.13
On voit la vache sur le pré, pas la verte sauterelle.
Sait-on qu'à poids égal, la sauterelle contient trois fois plus de protéines que le bœuf ? A-t-on déjà entendu sauterelle menacer de ses pets la couche d'ozone ? Quand est-ce qu'on mange ?
« La première fois que j'ai mangé une sauterelle c'est elle qui a commencé par me mordre, mais finalement c'est moi qui ai eu le dessus » écrit S. Much, dans Insectes comestibles*. Un livre joliment illustré et mis en page, qui rappelle l'histoire de l'entomophagie, explique les raisons de manger des insectes, passe en revue une trentaine d'ingrédients à six pattes. Un carnet de recettes complète l'ensemble. C'est propre à pousser les préjugés sur les bords de l'assiette.
Latin de cuisine
Post pira sume potum.
Après la poire, il faut boire.
Une des belles pages de Roti-cochon. Méthode tres-facile pour bien apprendre les Enfans a Lire en latin & en françois.*
En bas de page, on peut préférer les pommes... on ne saura pas si la sentence est du lard ou cochon.
* Déniché chez ma libraire préférée qui tient toujours boutique provisoire dans l'attente de l'ouverture de sa librairie, un petit livre des éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 2000. On trouve également ce Rôti-cochon sur le site de la BNF.
En pays d'humanité
Miroitement sur terre de la petite flaque d'eau.*
Chez les gens qu'il rencontre – voisins, amis – Christophe Jubien a l'art de saisir ce petit éclat brillant de vie, d'espoir, de tendresse. Alain Boudet écrit que nous sommes en pays d'humanité.**
Le poète est économe de ses mots, les textes d'un grande simplicité – qualité rare. Juste ce qu'il faut pour que nous reconnaissions comme nôtres ces voisins et amis. On aimerait garder en mémoire certains de ces poèmes pour consoler des proches dans les moments de moins bien.
Dimanche. Salon du livre du Mans. Devant le stand des éditions Donner à voir. J'invitai une passante à feuilleter ce recueil. Nous avons échangé sur nos préférences : de la dizaine de poèmes qu'elle a pu lire, c'est celui qui, en l'instant, retenait son attention. (Cliquer sur l'image pour un affichage agrandi)
* Christophe Jubien, Miroitement sur terre de la petite flaque d'eau, illustrations de Pierre Richir, éditions Donner à voir, 2013, 56 pages, 7,50 €.
** Alain Boudet signe une 4e de couverture exemplaire : « Nous voici en pays d'humanité avec Christophe Jubien comme guide. Nous empruntons son regard de connivence et d'empathie pour côtoyer les uns, les autres. Pour être simplement. Lire ces poèmes, c'est un peu serrer des mains, adresser un sourire, rencontrer. On partage les évidences de vivre, les joies et les difficultés. Les peines. On est là, fraternellement.»


