Nawaque
J'ai toujours plusieurs livres en cours – de lecture.
Un gros : Mille ans de langue française*. Dans lequel Alain Rey note que Si le procédé du verlan, qui renverse les syllabes, est ancien (Louis-Jean Calvet signale un Bonbour pour Bourbon en 1585), il était assez rare pour qu'Auguste Le Breton ait cru l'avoir créé avec quelques autres malfrats, en 1940-41.
Un autre : Le Moyen de parvenir de Béroalde de Verville (1556-1626). J'y lis : Mais pourquoi dit-on confitures, que ne dit-on pas fitoncures, ou fitures-con, & tant d'autres qui commencent ainsi comme congrégation, conscience.
– Portenawaque !
Quleque part en Mayenne – juillet 2011
* Alain Rey, Frédéric Duval, Gilles Siouffi, Mille ans de langue française, histoire d'une passion, Perrin, 2007, p. 1234
Après dépouillage
Dans la livraison de Jacques Brémond : Généalogie de l'algue de Jean-François Agostini et Si les felos traversent par nos poèmes ? de James
Sacré.
James Sacré, décidément. Je n'avais pas dit, mais le même jour arrivaient Des pronoms mal transparents, dans l'édition du Dé bleu de 1982 et Passage par sept poèmes d'un autre
livre, exemplaire 26/100 de l'édition originale, 1993.
Du livre de James Sacré, je ne saurais rien dire de mieux que
Yann Miralles.
Si. Pour la couverture, le Moulin à papier de Brousses a spécialement fabriqué un très beau papier coton et lin truffé de paillettes.
Dans Généalogie de l'algue, le vers régulier – douze pieds – de Jean-François Agostini s'appuie sur les marges gauche et droite. Comme un grimpeur dans sa cheminée, jambes et bras en
opposition. Ça tient. Et crée des fissures, des blancs, dans lesquels circule le regard. On se prend à scander le poème, chercher les ruptures.
Les paysages et la vibration de l'air sont du sud : bord de mer, maquis, garrigue. Pin parasol, genévrier.
Les bruits et sons de tous lieux où vivent les hommes : aboi d'un chien, clac des poignées lâchées, son de l'horloge à quartz, rafale d'un pic épeiche... Et c'est quelquefois la voix
saisie au bond qui décide du poème :
Assis sur les vingt-quatre saisons d'un fauteuil
allibert blanc on attend qu'un client se pose
et dise quelques motsque nous ferons poème
Il ne reste qu'à partir
Procédures du silence, de Jérôme Villedieu, est le dix-neuvième titre de la collection Choisi, tout frais sorti des presses de l'atelier de Groutel.
Robert Morel, éditeur-poète, publiait en 1966, sa Célébration du silence, "un livre avec des pages blanches, rien que pour notre envie de remplir".
Jérôme Villedieu ne célèbre pas : il suit la procédure.
Je ne connais pas Jérôme Villedieu, mais j'imagine à le lire qu'il est homme de médiation. Qui, par extension sémantique, parle de procédure pour décrire une démarche d'écoute, sinon le psychologue ou le travailleur social ?
Procédures du silence.
Silence pour faciliter le passage des mots, défaire le nœud au ventre, réveiller la mémoire. On comprend que ce silence est peuplé et qu'il laisse la plus large place à l'écoute. Le bonheur du
poète, c'est s'être emparé de ces moments d'écoute – professionnelle ? – pour offrir des textes qui nous atteignent, lecteurs, dans notre propre capacité à dialoguer et partager.
Avec goût, Jacques Renou a composé les poèmes en caractères mobiles en plomb et illustré les pages de fleurons imprimés dans une subtile couleur "jaune vieux".
Le portfolio – 32 pages – est disponible à l'atelier de Groutel, 25 Groutel, 72610 CHAMPFLEUR
18 € + port : 1 €
« il ne reste qu'à partir » : le titre du billet est le dernier vers du recueil.
Quelle est la couleur du drapeau rouge ?
Gaillac
Les dictionnaires me plaisent. Pour l'ordre qui y règne.* Des deux que je viens de croiser, je relève à l'article rouge :
ROUGE
– Jojo s'est fait pincer !
– ???
– Ben, oui, il a mis du rouge dans sa voiture.
En clair : Jojo n'a pas fait couler quelques litres de vinasse dans le réservoir de sa Peugeot, mais il y a versé du fuel domestique qu'il n'a le droit d'utiliser que dans ses machines agricoles.
(Marie et Hubert Deveaux, Il faut bien que génisse passe – Dictionnaire de la campagne, Chiflet & Cie, 2010)
ROUGE, adj. et n.m.
Être dans le rouge, avoir l'esprit communiste dans un environnement capitaliste.
(Christophe Alévêque et Hughes Leroy, Le Petit Alévêque illustré, Chiflet & Cie, 2009)
Pour faire bonne mesure, j'ajoute, à l'intention des cruciverbistes de l'Humanité :
Feu rouge (en six lettres)
Ça les changera de dictateur (en six lettres).**
* N'allez pas croire tout ce qu'on vous raconte.
** Relire Gérard Mordillat ; extrait de Vive la Sociale.
Du chien
« On ne ment pas aux enfants !»*
Ça non ! Mais qu'est-ce que j'apprends ? Dans son premier film, le rôle de la fidèle Lassie a été tenu par Pal, mâle colley parfaitement monté.
Son histoire est racontée par Sam Stall, dans une somme** qui retrace les parcours de Laïka – vous n'avez pas oublié Laïka !, Jo-Fi, chow-chow de Freud, Boatswain, terre-neuve de Byron, Charley, caniche de Steinbeck, les chiens de Mozart, Dostoïevski, celui du général Howe qui passa chez l'ennemi...
Un livre qui n'a que du chien !
On regrettera seulement l'oubli de Sénat, compagnon de Victor Hugo (relire Le chien aboîte).
En illustration : Rex, chien policier, sculpture d'une série de personnages du Poulpe. 1996, carton, plâtre, enduit, h. 16 cm env.
* « Un papa. Une maman. On ne ment pas aux enfants.» Slogan des opposants au projet de loi sur l'homoparentalité. De quoi j'me mêle ?
** Sam Stall, Histoires de chiens qui ont changé le monde, éditions Fetjaine, 2009
Un chef-d'œuvre. Et un autre encore.
Le dernier colis de Jacques Brémond. Vue externe.
Au risque de me répéter*, le plaisir avec un envoi de Jacques Brémond commence dès l'enveloppe. Entièrement confectionnée à la main avec des matériaux de recyclage. Le frais se déguste. Tiens donc ! Les livres aussi !
Une réédition du très beau Bris de langues de Claude Held, éclairé des calligraphies de Hassan Massoudy.
« Il arrive un moment où, parlant sa propre langue, on se sent étranger à ce qu'on dit.»
Le sophora terrassé d'André Duprat, illustré de fusains de Sonia Achimsky.
« poids d'âme au retour du souffle
aspiration d'au-delà riposte à la licence »
Funambule mais le fil est barbelé de Pierre Causse, prix Léo Ferré 2012.
« Nous sommes amour à naître
et douleur à accoucher »
Deux vers – et le titre – suffiront-ils à donner une idée de la richesse d'écriture de ce premier livre ?
Note des Amis des éditions Jacques Brémond :
« Un chef-d'œuvre ! Les premiers poèmes d'un jeune de 17 ans ½. Natif de Rodez, il s'est frotté très tôt à la poésie, aux poètes. Élève en classe préparatoire à Normale Sup. À lire absolument. Jacques Brémond est particulièrement fier de cette publication. Il a réalisé une superbe couverture lavande ! »
Trois monologues donnés au festival d'Avignon complètent l'envoi (Job en réanimation de Bernard Hurault ; Charlotte Salomon, vie ? ou théâtre ? et L'Ultime Cri de Frida Kahlo d'Anne-Marie Cellier.)**
* Après relecture de billets anciens, je me répète. Tant pis. Tant mieux.
** Pas encore découpés : le temps partagé avec les ami-e-s est aussi essentiel que le temps consacré aux livres.
Le consommateur est encore abusé
Le dictionnaire comme il se définit lui-même est un recueil de mots rangés par ordre alphabétique. Ce n'est qu'en partie vrai.
Prenons l'exemple du mot CYCLISTE. Si l'ordre alphabétique était rigoureusement appliqué, nous devrions lire :
♦ ♦ à à adj. au bicyclette collant, Course cyclisme cyclisme. CYCLISTE cycliste. cyclistes. déplace en en et généralement l' le les maille n. n.m. origine ou par Personne porté pratique que qui qui Relatif se Short sport. synthétique tant
Or, ce n'est pas ce que nous lisons dans la plupart des dictionnaires. Seul à ne pas abuser le consommateur : le Dictionnaire immédiat des noms communs, de Guillaume de la Croix (éd. Ramsay, 2008).
le Dictionnaire immédiat des noms communs, pages 30 et 31
.
Si ça vaut le jus ?
Protz et chniaque !* se serait exclamé le Concombre masqué en découvrant le volume P de ce Dictionnaire de l'inutile. Du P comme s'il en pleuvait. À plein panier. Une palanquée. Délire de prote.
D'un côté, un dessin au pied de la lettre – stricto sensu. Wolfragin, l'auteur, a puisé dans les polices de son piano**. De l'autre, une définition façon verbicruciste. L'en a fait un jeu. Un jus. Son jus de lettres. Allez, on devine...
Elle attire femme et flèche.
– La pipe !
– Perdu ! C'était la pomme. Voyons ! Le tire-pipes se pratique avec une carabine !
Une autre...
J'espère bien que mon dictionnaire n'y sera pas mis.
Deux fascicules déjà parus. P et B. J'attends le Q avec impatience.
Wolfragin, Dictionnaire de l'inutile – Jus de mots, édition de l'Atelier de Groutel, collection Non typo, n°12 (lettre P) et 13 (lettre B), 24 pages. L'atelier de Groutel, 25 Groutel, 72610 Champfleur. 3 € chacun.
* Mandryka, Les Aventures potagères du Concombre masqué, Dargaud, 1973, page 15
** Son piano ou son ordinateur.
Chat dans tous ses états
Dimanche matin. La boulangère vient d'aligner ses croissants. Le jour est-il levé ? Dans le petit poste, Vénus Khoury-Ghata dit pouvoir se passer de pain, d'eau, de lait, même de
confiture, mais pas de chats, ni surtout de mots. Les mots de son dernier livre Cherche chat désespérément.*. Peut-on rêver plus agréable réveil ?
Lundi. Au courrier. Le dernier recueil de Jean-Louis Massot**. Dans un poème, une écolière placarde des affiches dans le quartier pour signaler la disparition de son chaton.
[...] Du
haut de ses dix
ans, c'est la première
fois qu'elle perd quelque
chose dans le monde des
grands mais elle
garde espoir de
le retrouver.
Mardi. Hebdomadaire Marianne (livré en retard). Selon l'étude d'un institut de Washington, les chats constituent un véritable fléau écologique. Aux États-Unis, ces prédateurs causent la mort de 1,4 à 3,7 milliards d'oiseaux et de 6,9 à 20,7 milliards de mammifères [...] En outre, le chat a accéléré la disparition de 33 espèces d'oiseaux, de reptiles et de mammifères que les humains entendaient protéger.***
Enfin, sur la photo, les BOETES ne sont pas ce que vous croyez (un P initial qui aurait mal tourné !). Traduisons par amendes.
Et n'oublions pas les sacs à crottes !
* Édition Écriture, février 2013. L'émission sur France inter.
** Jean-Louis Massot, Séjours, là suivi de D'autres vies, dessins de Gérard Sendrey, éditions M.E.O., 2013. Si vous n'achetez qu'un livre cette semaine...
*** Marianne, n° 827, 23 février au 1er mars 2013
Illustration : Panneau à Brugge (août 2011) (clic sur l'image pour agrandir).
Ça me la coupe
J'apprends avec Jean-Loup Chiflet* qu'annoncer une coupe sombre dans un budget est un contre-emploi. Voici comment le code forestier** définit une coupe sombre :
« La première exploitation ou première coupe ne fait tomber qu'environ la moitié des arbres. Ceux qui restent sur pied doivent se trouver encore assez rapprochés, 1° pour que leurs têtes, agitées
par les vents puissent se toucher ; 2° pour qu'ils puissent couvrir de leurs semences toute l'aire de la coupe ; 3° pour que leur ombrage protège la faiblesse des jeunes recrus, soit contre les
grands froids, soit contre les ardeurs d'un soleil brûlant ; 4° pour que les herbes, les plantes nuisibles et les bois blancs ne s'emparent pas de l'aire de la coupe, ce qui ne manque pas
d'arriver si on la découvre tout-à-fait.
Cette première coupe est appelée coupe sombre, expression qui peint parfaitement l'état de la coupe après le premier abattis ; car toutes les cîmes rapprochées donnent un ombrage épais et
sombre.»
Ça vous la coupe aussi ?
En attendant, l'hirsute ci-dessous serait bien avisé de croiser une tondeuse.
* Jean-Loup Chiflet, Français mon amour ! Allégorie... ma chérie !, Chiflet & Cie, 2013. On sait bien qu'on sait pas tout, mais là, on en apprend davantage. Merci pour le cadeau.
** M. Baudrillart, Code forestier, tome 2, Arthus Bertrand, Paris, 1832.