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Soupe d'orties
Le cygne encore. Aujourd'hui avec Buffon, authentique poète.*
Le couple amoureux se prodigue les plus douces caresses, et semble chercher dans le plaisir les nuances de la volupté, ils y préludent en entrelaçant leurs cous ; ils respirent ainsi
l’ivresse d’un long embrassement ; ils se communiquent le feu qui les embrase ; et lorsqu’enfin le mâle s'est pleinement satisfait, la femelle brûle encore ; elle le suit, l'excite, l’enflamme de
nouveau, et finit par le quitter à regret pour aller éteindre le reste de ses feux en se lavant dans l’eau.(1)
(1) D'où vient l'opinion de sa prétendue pudeur, qui, selon Albert, est telle qu'elle ne voudrait pas manger après ces moments avant de s'être lavée. Le docteur Bartholin, enchérissant encore sur cette idée de la pudicité du cygne, assure que, cherchant à éteindre ses feux, il mange des orties, recette qui serait apparemment aussi bonne pour un docteur que pour un cygne.
* Georges Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle des oiseaux, Paris, MDCCLXXXV.
L'image, montrant un douce caresse du couple, a été censurée au mieux.
L'hallali du lilas
Ô le frisson des falbalas,
Le bruissement des brocatelles,
La lassitude des lilas,
La vanité des bagatelles !
Stuart Merrill *
Le titre de l'article est un clin d'œil à Joël Sadeler qui sonne cet hallali dans le Bocage et les Saisons.**Le bruissement des brocatelles,
La lassitude des lilas,
La vanité des bagatelles !
Stuart Merrill *
* Premier et dernier quatrain du poème Fête au parc, dans les Gammes (vers), Vanier, Paris, 1887.
** Le Bocage et les Saisons, suivi de Anatomie des villages, Cahiers de poésie verte, 1992.
Vide
Le soir de l'annonce du décès de Mahmoud Darwich, Oncle Pa m'adressait le courriel suivant :« – Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
– Que la maison reste animée, mon enfant. Car les maisons meurent quand partent leurs habitants »*
La maison de Mahmoud est vide ce soir.
Oncle Pa
Les poèmes de Mahmoud Darwich continuent à nous accompagner.
* Mahmoud DARWICH, Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? traduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar
Actes Sud, 1996
Le papapafol du Paralloïdre
Maison 179, 2009, aquarelle, 20 x 20 cm
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Jean Féron est parmi les premiers poètes à avoir créé un site internet. Grâce à lui, j'ai découvert André Martel. Enfin quelques poèmes de André Martel, le papapafol du Paralloïdre. Introuvable en librairie. Hors de prix pour quelques ouvrages perdus chez les bouquinistes. Les textes annoncés sur le site qui lui est consacré étaient devenus inaccessibles. Voilà soudain qu'ils réapparaissent. À lire d'urgence. Pour le plaisir, Hippotine, ci-après... et, en bonus, la Maison 179. |
HIPPOTINE
Hippopas ! Popapi ! Papippo !
Blrr ! Hili ! Blrr ! Hiliglihégli !
Silen !.................... Paf !
Dring ! Dring ! Driiiing !
Hippotrot ! Hippotrot ! Hippotrot !
Hippogalop ! Hippogalop ! Hippogalop !
Hippoglop ! Hippoglop ! Hippoglop !
Higlop ! Higlop ! Higlop !
Hig ! Hig ! Hig ! Hibond
Surhaie ! Bonsurhaie ! Bonsurhaie ! Bond
Patater ! Higlop ! Patater !
Hip ! Hip ! Hip ! Hibond
Surleau ! Bonsurleau ! Bond
Pataflac ! Hippoglop ! Pataflac !
Hip ! Hip ! Hip ! Hip !
Pasrapas ! pasrapas ! pasrapas !
Hippofons' ! Hippobour' ! Hippopouss' !
Pasrapas ! pasrapas ! pasrapas !
Hippoclac ! Hippocloc ! Hippoclic !
Pasra ! Pasra ! Pasra ! Pasra !
Vol' ! Proch ! Près ! Raz !
Pasra ! Pasra ! Pasra ! Pasra !
Pass' ! Pass' ! Pass' ! Pass' !
Ah ! a - a - a - a - a - a - ah !
André MARTEL
Le Paralloïdre des Çorfes
édition Debresse, Paris, 1951
Un autre poème du même auteur sur Ahoui : Éphéméril du peutipesçon
Hippopas ! Popapi ! Papippo !
Blrr ! Hili ! Blrr ! Hiliglihégli !
Silen !.................... Paf !
Dring ! Dring ! Driiiing !
Hippotrot ! Hippotrot ! Hippotrot !
Hippogalop ! Hippogalop ! Hippogalop !
Hippoglop ! Hippoglop ! Hippoglop !
Higlop ! Higlop ! Higlop !
Hig ! Hig ! Hig ! Hibond
Surhaie ! Bonsurhaie ! Bonsurhaie ! Bond
Patater ! Higlop ! Patater !
Hip ! Hip ! Hip ! Hibond
Surleau ! Bonsurleau ! Bond
Pataflac ! Hippoglop ! Pataflac !
Hip ! Hip ! Hip ! Hip !
Pasrapas ! pasrapas ! pasrapas !
Hippofons' ! Hippobour' ! Hippopouss' !
Pasrapas ! pasrapas ! pasrapas !
Hippoclac ! Hippocloc ! Hippoclic !
Pasra ! Pasra ! Pasra ! Pasra !
Vol' ! Proch ! Près ! Raz !
Pasra ! Pasra ! Pasra ! Pasra !
Pass' ! Pass' ! Pass' ! Pass' !
Ah ! a - a - a - a - a - a - ah !
André MARTEL
Le Paralloïdre des Çorfes
édition Debresse, Paris, 1951
Un autre poème du même auteur sur Ahoui : Éphéméril du peutipesçon
Blues
Topa évoquait dans un commentaire récent le très beau Blues du crapaud
de Daniel Clérembaux. Voici le poème avec l'illustration qui l'accompagnait dans la revue décol'.
Le blues du crapaud
Les douceurs premières
Des soirées de printemps
Éveillent sous les pierres
Le chant
Du crapaud accoucheur.
Chaque bulle de savon
Ainsi libérée
Par ce triste bluesman
Avive au ciel
La clarté d'une étoile.
Allez donc savoir si,
Par hasard,
Du fond de son trou noir,
L'œil ocellé d'or
Ne perçoit pas l'éclat lointain
Des galaxies,
Si sa triste mélopée
Ne berce pas d'illusions
Ce petit joueur de flûteau,
S'il ne voit pas s'allumer là-haut
Les lueurs qui nous consolent
De la noirceur du ciel ?
© Daniel Clérembaux
15e Printemps de Durcet
revue décol' n° 26, l'épi de seigle, 2000
Les douceurs premières
Des soirées de printemps
Éveillent sous les pierres
Le chant
Du crapaud accoucheur.
Chaque bulle de savon
Ainsi libérée
Par ce triste bluesman
Avive au ciel
La clarté d'une étoile.
Allez donc savoir si,
Par hasard,
Du fond de son trou noir,
L'œil ocellé d'or
Ne perçoit pas l'éclat lointain
Des galaxies,
Si sa triste mélopée
Ne berce pas d'illusions
Ce petit joueur de flûteau,
S'il ne voit pas s'allumer là-haut
Les lueurs qui nous consolent
De la noirceur du ciel ?
© Daniel Clérembaux
15e Printemps de Durcet
revue décol' n° 26, l'épi de seigle, 2000
Ça baigne
Sorti de la galerie de la Coutume
à Coulon (85), un recueil de Hubert Pajot*. Choisi pour le poème suivant entrevu en feuilletant :
DE TOULOUSE
La langue d'oil,
Quel Mobiloil !
Mais quel Médoc,
La langue d'oc !
La langue d'oil,
Quel Mobiloil !
Mais quel Médoc,
La langue d'oc !
J'en étais encore à réfléchir à l'illustration quand, au détour de l'étroite allée d'un vide-greniers, un bidon à huile se jette devant mon objectif. Pile poil, Mobiloil !
– Non ?
– Si ! Et fin du fin... à la dame qui tient l'étal, curieuse de mon intérêt pour son bidon, je narre en quelques mots le bouquiniste, le poème, l'exceptionnel destin de la photo dans l'excellent blog que vous tenez entre les mains à l'œil.
– J'aime entendre dire des poèmes, confie-t-elle. D'ailleurs, un poète est venu chez nous qui contait très très bien... À l'école de ma fille, puis au foyer rural...
Je la presse de m'en donner le nom.
– Monsieur Poslaniec !
– Christian Poslaniec ! Ça alors...**
Christian, si tu passes ici, je t'embrasse.
* De mon courtil, Studio technique d'éditions, Toulouse, 1931
Hubert Pajot (1896-1986) fut sénateur-maire de Fontainebleau.
** Sur le site du Printemps des Poètes, un sonnet à l'huile de Christian pour rester dans le ton et deux ou trois choses qu'on sait de lui.
Tu parles...
Charles Baudelaire n'avait pas que des amis. Jules Vallès l'habille ainsi pour l'hiver et les saisons à suivre : « Il y avait en lui du prêtre, de la vieille femme et du cabotin. C'était
surtout un cabotin.»** article de La Rue, 7 septembre 1867. Sur le site de la Bibliothèque municipale de Lisieux.
Laisserai-je un sillage ?
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Trouvé chez le vieux-papiers le recueil d'un poète sarthois mort prématurément.* L'auteur a écrit les premiers poèmes publiés à l'âge de quatorze ans. Voici un des derniers textes : |
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L'escargot
Il rentre dans sa coquille au contact qui le contrarie.
Je rentre en moi-même au heurt qui me froisse.
Ses cornes, prudemment, explorent son univers restreint.
Avec des antennes inquiètes, je fouille l'humanité.
Sa bave déplaît aux autres et lui la trouve naturelle.
Je dis la vérité sale mais vraie.
Sa trace d'argent se déroule lente, ineffacée.
Laisserai-je un sillage sur le chemin ?
1938
* Né en 1914, René Leday meurt en 1938, "soldat, mais en temps de paix", note la préfacière.
René LEDAY, Les Jours comptés, éditions de la Société littéraire du Maine, librairie Graffin, Le Mans, 1939
Maison 311
Maison 311, 2009, encre de Chine sur carton, 28 x 36 cm
On peut lire, à la page 311 des Œuvres poétiques de Jean Sénac*, le poème suivant :
Belle
tu es morte.
J'apporte mes mots
comme du sable
au creux des doigts.
J'élève sur ton corps
une maison de sable
un poème.
Je me couche sur ton cœur
Belle
les yeux dans le soleil
que tu aimais.
tu es morte.
J'apporte mes mots
comme du sable
au creux des doigts.
J'élève sur ton corps
une maison de sable
un poème.
Je me couche sur ton cœur
Belle
les yeux dans le soleil
que tu aimais.
* Jean Sénac, Œuvres poétiques, Actes sud, 1999
Gaieté de l'escadron
aux poètes qui s'égarent en ces lieux,
aux compagnes ou compagnons qui les supportent
aux compagnes ou compagnons qui les supportent
C'est un mois environ après notre arrivée que la chambrée s'enrichit de son plus bel ornement : Jeuland Joseph, dit « le bleu bitte », soldat de première classe et ordonnance du
lieutenant Decugis.[...]
Il n'avait pas de préoccupations intellectuelles. Un jour il vint au pied de mon lit et me demanda à brûle-pourpoint :
— Paraît que t'es poète, toué ? C'est y vrai ?
— On le dit, lui répliquai-je modestement.
— Ah ben bon Gueu le ieutenant a dit comme ça qu'il croyait pas en avoir yun dans sa compagnie ! (comme
on parle d'un pied-bot ou d'un bec-de-lièvre).
D'autres fois, lorsqu'il voulait m'injurier, il faisait des déclinaisons en partant de ce qualificatif, mystérieux pour lui :
« Po-ète ! », « Peau d'fesse ! » « Peau d'con», et cœtera.
Maurice Fombeure *
* Soldat, in Les Primaires, revue mensuelle de culture populaire, de littérature et d'art, 1934 (source : gallica.bnf)
Le titre de l'article fait référence aux Gaîtés de l'escadron, pièce de Courteline dont Maurice Tourneur a tiré un film. Édouard Francomme y jouait le rôle d'un soldat de corvée de pluches.