Pas à la noce
La Baule. Une femme aspergée d’essence et enflammée par son mari.
L'allumette est-elle déjà dans l'air Zon ! ma Lisette, zon ! ma Lison de Béranger ?
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Le soir des noces Air : Zon ! ma Lisette, zon ! ma Lison. L’hymen prend cette nuit Deux amants dans sa nasse. Qu’au seuil de leur réduit Un doux concert se place. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! Par ce trou fait exprès Voyons ce qui se passe. L’épouse a mille attraits, L’époux est plein d’audace. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! L’épouse veut encor Fuir l’époux qui l’embrasse ; Mais sur plus d’un trésor Le fripon fait main basse. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! Elle tremble et pâlit Tandis qu’il la délace. Il va briser le lit ; Il va rompre la glace. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! Mais, pris au trébuchet, L’époux, quelle disgrâce ! De l’oiseau qu’il cherchait N’a trouvé que la place. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! La belle, en sanglotant, Se confesse à voix basse. D’un divorce éclatant Tout haut il la menace. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! Monsieur jure après nous ; Mais qu’à tout il se fasse. Du livre des époux Il n’est qu’à la préface. Zon ! flûte et basse ! Zon ! violon! Zon ! flûte et basse ! Et violon, zon ! zon ! Pierre-Jean de Béranger |
Bouvier
Claude Vercey nous défie de trouver bouvier en poésie. En voici un, chez Eugène Manuel, poète et patriote français*. Dont on peut se demander si son œuvre relève du lard ou du
cochon. Le doute est bref : bon soldat en deçà, mauvais au delà. Extrait de Henri REGNAULT (janvier 1871) :Maudis sois-tu, soldat, toi, ton peuple, et la guerre,
Et ton vieux roi tout le premier,
Puisqu'il n'aura fallu qu'un paysan vulgaire,
Fils de l'étable et du fumier,
Quelque bouvier pétri pour les œuvres serviles,
Marchant sous la crosse et les coups,
Un balayeur peut-être échappé de nos villes,
Encor puant de nos égouts,
Pour trouer au hasard, bêtement, cette face,
Comme par un défi moqueur ;
Pour trancher dans sa sève abondante et vivace
Tout ce génie et tout ce cœur ;
Étouffer à son aube une lueur si pure,
Éteindre un tel rayonnement,
Que la France mourante en ressent la blessure
Jusque dans cet écroulement !
En dessert, un chromo de la biscuiterie Guillout. D'un temps où on savait parler aux enfants. La légende :
– Paraîtrait que ces obus à la mélanine, ça ne fait que des blessures coupantes.
– Pas besoin d'amputation après, pour lorss !
* Eugène MANUEL (1823-1901) – Poésies complètes, Paris, 1899. Source : gallica.bnf
Coucou
Il a
plu averse.Au retour du sec, un coucou chanta.
Le Coquu
Du laid coquu la nature est meschante,
Aussi est-il de tous oyseaux hay ;
Quand le soleil entre en sa force, il chante,
Et lors par luy maint oyseau est trahy ;
Car pour autant qu'il est froid de naissance,
Avoir ne peut de couver la puissance :
Que fait-il donc ? pour briefvement respondre,
Au nid d'autruy subtilement va pondre,
Alors qu'il sent que l'oyseau n'y est point.
O amoureux, respondez sur ce point,
Sera en vous ceste chose louable,
Puis qu'au coquu elle est vituperable.
Guillaume Gueroult
Blason des oyseaux, 1550
Panthéon
Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire 2010
« Les théurgites, les anciens sages, avaient tous une verge avec laquelle ils opéraient.
Mercure passe pour le premier dont la verge ait fait des prodiges. On tient que Zoroastre avait une grande verge. La verge de l'antique Bacchus était son
thyrse, avec lequel il sépara les eaux de l'Oronte, de l'Hydaspe et de la mer Rouge. La verge d'Hercule était son bâton, sa massue. Pythagore fut toujours représenté avec sa
verge. On dit qu'elle était d'or ; il n'est pas étonnant qu'ayant une cuisse d'or, il eût une verge du même métal.
Abaris, prêtre d'Apollon hyperboréen, qu'on prétend avoir été contemporain de Pythagore, fut bien plus fameux par sa verge ; elle n'était que de bois ; mais il
traversait les airs à califourchon sur elle. Porphyre et Jamblique affirment que ces deux grands théurgites, Abaris et Pythagore, se montrèrent amicalement
leur verge.»*
– Ben, mon gars, si tu t'imagines qu'avec des écrits comme ça, tu vas entrer au Panthéon...
– M'en fous, j'y suis déjà.
* Voltaire, Dictionnaire philosophique.
théurgite : magicien qui fait appel aux divinités célestes.
thyrse : bâton terminé par une pomme de pin ou des feuilles de vigne.
Punaise
Avec un peu de recul, mais oui : punaise !
Et un poème, tiré du Tintamarre du 2 novembre 1856, dont on me dira des nouvelles.
Vœu d'une punaise
Si j'étais, ô mon adorée,
Punaise à la robe dorée,
S'établissant dans ton taudis ;
Je te verrais la nuit, sans voiles,
Et tes yeux, comme des étoiles,
Me montreraient le paradis !
Je pourrais, sans être indiscrète,
Tous les soirs, quittant ma retraite,
M'aller blottir dans ton rideau
Jusqu'au moment plein de délices
Où j'irais goûter les prémices
D'un amour pur dans ton dodo !
A. Hutin
Mutin, l'Hutin !
Vous reprendrez bien des capucines
Dansons la capucine... Je lis ici ou là qu'on doit la chanson à Jean-Baptiste Clément. Ah oui ? Allons donc y voir...
DANSONS LA CAPUCINE
VIEILLE CHANSON
I
...Dansons la Capucine,
Le pain manque chez nous...
...Le curé fait grasse cuisine,
Mais il mange sans vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !...
II
...Dansons la Capucine,
Le vin manque chez nous...
...Les gros fermiers boivent chopine,
Mais ils trinquent sans vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !...
III
...Dansons la Capucine,
Le bois manque chez nous...
...Il en pousse dans la ravine,
On le brûle sans vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !...
. . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . .
I
...Dansons la Capucine,
L'esprit manque chez nous...
...L'instruction en est la mine,
Mais ça n'est pas pour vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !...
II
...Dansons la Capucine,
L'argent manque chez nous..
...L'Empereur en a dans sa mine,
Mais ça n'est pas pour vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !
III
...Dansons la Capucine,
L'amour manque chez nous...
...La pauvreté qui l'assassine
L'a chassé de chez vous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !
. . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . .
I
...Dansons la Capucine,
La misère est chez nous...
...Dame Tristesse est sa voisine
Et vous en aurez tous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !
II
...Dansons la Capucine
La tristesse est chez nous...
...Dame Colère est sa voisine
Et vous en aurez tous.
Dansez la Capucine
Et gare au loup,
You !
III
...Dansons la Capucine
La colère est chez nous...
...Dame Vengeance est sa voisine,
Courez et vengez-vous !
Dansons la Capucine
Et gare au loup,
You !...
décembre 1868
Dansons la Capucine, musique de Darder.
Source : gallica.bnf.fr
Dahl¥ia
Les blogs amis donnent dans le dahlia ces temps-ci. Ce doit être de saison. Ne pouvant être en reste, voici mon dahlia. J'ai convoqué pour l'occasion Pierre Lachambeaudie dont les Fables ont été couronnées deux fois par l'Académie française. Elle avait une excuse,l'académie, c'était au milieu du XIXe.
Éloignez les enfants, ça va commencer.
LE DAHLIA ET LA VIOLETTE
Le dahlia, la violette
Par un enfant sont cueillis un matin.
Du premier la corolle élégante, coquette,
Déplore son triste destin,
Se plaignant d'avoir pour compagne
Une fleur sans éclat, qu'on aurait dû laisser
Sous le buisson natal, là-bas, dans la campagne.
« Prétendrait-elle m'éclipser ?
Faut-il que je meure de honte ? »
L'enfant, la violette, aucun ne répondit:
De son dépit nul ne tint compte.
Pour notre couple, hélas ! la vieillesse fut prompte,
Et bientôt le temps étendit
Sur leurs têtes ses mains glacées.
L'enfant les retira du vase toutes deux ;
Depuis, sur un fumier honteux
On vit du dahlia les feuilles dispersées,
Et des champs l'humble fleur
Aux malades dispense un suc réparateur.
Dans ces deux fleurs j'entrevois deux images :
De la femme au cœur sec, briguant tous les hommages,
Le dahlia nous offre le portrait.
Alors que la beauté, son seul bien, disparaît,
Elle n'a qu'à mourir, d'elle plus rien ne reste.
Dans l'autre on reconnaît de la femme modeste
Le symbole délicieux.
Le temps peut, en passant, lui ravir d'un coup d'aile
Et jeunesse et fraîcheur ; son cœur n'est jamais vieux :
Sur nous, jusqu'à la fin, son amitié fidèle
Répand de ses vertus le baume précieux.
Albi (Tarn)
Albi (place Savène) – septembre 2011
« L'abus qu'il fait des vieilles formes poétiques et le continuel usage de la mythologie en rend la lecture fatigante.» Je vais donc vous épargner la lecture de François-Joachim de Pierre de Bernis (1715-1794), évêque d'Albi, dont j'ignorais tout avant que Prosper Poitevin ne l'habille pour l'hiver.*
* Petits poëtes français depuis Malherbe jusqu'à nos jours, Paris, 1841
C'est ballot !
– Tu ne cites pas de Bernis, nous restons sur notre faim, me reproche-t-on ici et là, peut-être aurions-nous une opinion différente du critique.
– En effet. J'avoue que c'est ballot. D'autant que la poésie de l'évêque d'Albi est parfois goûteuse. Éloignons les enfants.
Poseur de plaques à Gaillac
INVITATION
À Zéphise
Le plaisir, couronné de fleurs,
Vient voler sur la table ;
Il attend pour charmer nos cœurs
Un moment favorable.
Belle Zéphise, où tu n'es pas
Pourroit-il nous séduire ?
Il a besoin de tes appas
Pour fonder son empire.
Viens réveiller sous cet ormeau
L'esprit et la saillie ;
On t'attend auprès d'un tonneau
Qu'a percé la Folie.
Ce champagne est prêt à partir ;
Dans sa prison il fume,
Impatient de te couvrir
De sa brillante écume.
Sais-tu pourquoi ce vin charmant
Lorsque ta main l'agite,
Comme un éclair étincelant
Vole et se précipite ?
Bacchus en vain dans son flacon
Retient l'Amour rebelle :
L'Amour sort toujours de prison
Sous la main d'une belle.
– Foutre oui !
– Je vous en prie.
* Œuvres de François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, tome premier, Paris, 1819 (gallica.bnf.fr)
Où la volupté l'introduit
J'entends ici ou là que le cardinal de Bernis ne tient pas ses promesses.
Voici donc un autre extrait* de son œuvre torride, mais n'y revenez pas.
Trompe-l'œil à Albi – 2011
La jeune Doris, plus pressante
Et plus sensible à ses refus,
Lui tend, d'une main caressante,
Un piège inventé par Vénus.
Cent fois la naïade échappée
S'attache à son sein embrasé :
S'il plonge, il baise une napée ;
S'il se renverse, il est baisé.
Efforts dangereux d'une belle,
L'Amour peut vous rendre impuissants,
Et le cœur d'un amant fidèle
Échappe aux prestiges des sens.
Léandre a vaincu la nature ;
Un dieu l'éclaire, et le conduit
Aux portes d'une tour obscure
Où la volupté l'introduit.
* Les Quatre Parties du jour - La Nuit. op. cit.