Quelle imagination !
« Le baron de Drais, inventeur des vélocipèdes, a présenté dernièrement à la société pour la propagation des arts utiles de Francfort, une machine dont le but est de
transporter sur le papier, avec une rapidité aussi grande que la parole, un discours quelconque. Cette machine consiste extérieurement en une boîte de bois d'un pied cube environ de dimension ;
au centre de laquelle, à la surface supérieure, est une ouverture où sont disposées 4 fois 4 clés carrées. Chacune d'elles pressée comme la touche d'un piano, trace sur un papier au moyen d'un
mécanisme renfermé dans l'intérieur de la boîte, un signe qui représente une ou plusieurs des 16 lettres auxquelles l'inventeur a réduit l'alphabet pour plus de célérité. Cette machine ingénieuse
exige une certaine pratique, et deviendra importante si on parvient à écrire les mots dans leur ortographe naturelle (sic), et si elle peut fournir à la fois plusieurs copies.»
(Le Voleur, n° 57, p. 827, 1832)
Tulipes sauvages jaillissant d'une Underwood. Pourvu que mon imagination n'ait pas copié ce dessin dans ma mémoire.
Ciné-club
Les cinéphiles auront reconnu une séquence du Cuirassé Potemkine.
Ce dessin infographique aurait pu être l'un des 16 + 1 Carrés de l'hypothalamus* qui font l'objet d'une réédition – avec planche couleur – chez Donner à Voir.
* Poèmes d'Alain Boudet sur des dessins d'Yves Barré, première édition en 1999.
Corbacs
Cet été, à Sainte-Bénigne, dans l'Ain, des corbeaux ont saccagé un champ de pommes de terre (Le Progrès).
NDLR : Il serait vain de chercher un sens à ce billet. Ou alors subliminal.
Bois gravé
Bois gravé, tiré sur la presse de l'atelier de Groutel
(en cours de gravure ici)
Dictionnaire de l'Académie françoise, de 1777 :
NU, est quelquefois employé substantivement et signifie en termes de Peinture et de Sculpture, Les figures non drapées, ou les parties des figures qui ne sont pas drapées. Ces figures sont bien dessinées, la draperie suit bien le nu. Il faut que la draperie n'empêche pas de voir le nu. Le nu de cette figure n'est pas correct. Ce Sculpteur a l'art de draper, mais il est faible quand il traite le nu.
Faible quand il traite le nu, qu'est-ce qu'il entend par là ?
Un jour de noisetiers
Vallon des brumes un jour de noisetiers
acrylique sur papier du moulin à papiers de Brousses, 20,5 x 29 cm
Rencontres végétales pour ce thème très vert : un paysage embrumé, un papier pur chiffon.
Au parc de Chaumont-sur-Loire, une cascade anime le vallon qui baigne dans la brume en permanence.
À Brousses en Languedoc, les papetiers tiennent en leurs mains un savoir-faire au service de la tradition et de l'innovation – remarquables papiers en crottin de cheval ou d'éléphant.
Un jour de cerisier
Vallon des brumes un jour de cerisier (détail)
acrylique sur papier du moulin à papiers de Brousses, 20,5 x 29 cm
« Le doyen des arbres de cette espèce existe en espalier, à l'exposition du midi, dans le jardin de la résidence royale de Richemond, en Angleterre ; il a été planté sous le règne de Georges Ier, vers l'année 1720. Son fruit, qui passe pour le plus parfait de son espèce, est exclusivement réservé pour la table royale ; il est d'étiquette que le souverain en mange au dessert le jour de sa fête (bien entendu quand elle tombe en été). J. Rogers a consigné dans son Traité de la culture des Arbres à fruits le récit des soins qu'on prenait pour conserver les fruits de ce cerisier sur l'arbre, jusqu'à la fête anniversaire du roi Georges IV, qui était né le 12 du mois d'août ; on faisait garder la récolte à vue par une escouade de garçons jardiniers, pour la défendre des oiseaux ; malheur à celui des gardiens qui aurait cédé à la tentation d'en goûter !»
Maison rustique du XIXe siècle, Paris, 1845
Corbeaux dans tous leurs états
Qui sèchent sur le sol de l'atelier, corbeaux.
Dessiner des corbeaux. Allons au pré.
Approche préparatoire.
1°, l'affreux fuit ; 2°, bouge sans cesse.
La vache ! Placide... plus facile à croquer.
Or donc – étape 3 – qui sèchent ci-dessus, corbeaux en papier déchiré enduit d'encre d'imprimerie. Pour corbeaux sur fil : papier d'annuaire téléphonique. Plus solide que papier de supplément télé qui n'a pas supporté l'encrage – étape 2 ci-contre.
On verra, un jour prochain, si on repasse en ces lieux, où tout cela va nous mener.
Encore mais
Apollon d'un pas décidé.
À la fin de ses jours, Apollon était encore beau, mais un peu moins.
Apollon d'un pas décidé
acrylique et craie sur papier
2010, 70 x 50 cm
d'autoroutes et de garennes
Les corbeaux ont fini par se poser. Pas ceux qu'on a pu voir ici.
Conçus pour illustrer un recueil de poèmes, voilà qu'au moment où je commence à les numériser, ils me paraissent, à l'évidence, trop lisses. Les effets du papier déchiré par mes petits doigts gourds s'estompent quand l'image est réduite au format d'impression. Aussi en recréé-je une nuée avec l'outil le plus impersonnel, le plus froid et dur qui traîne sur la table à dessin : une pointe d'opinel.
Et ça donne enfin des oiseaux nerveux, insolents, ébouriffés et braillards. En écho aux poèmes incisifs de Jean Foucault dont le recueil Corbeaux d'autoroutes et de garennes paraît fin 2011 aux éditions Donner à voir.
Trop de corbeaux sur la route
aujourd'hui
Trop d'yeux dans les arbres.
La confusion prend le pouvoir.
J'en suis là,
Ce soir
De ce pauvre monde.
Jean Foucault
Jean Foucault, Corbeaux d'autoroutes et de garennes, illustrations Yves Barré, éditions Donner à Voir, collection les Petits Carrés, 2011.
Chantefable
Dix-huit mètres et polyglotte. Une fourmi ? Ça va pas la tête. En sus, dessus, un galure. Casquette de besogneuse ou haut-de-forme de pas prêteuse.
Avec un attaché-case. En carton bouilli. Plutôt un cartable : elle va à l'école.
Latin première langue. Non formica sum ! C'est ça. Fais la maline. Affabule.
Trois étapes d'un projet pour illustrer la fourmi de Robert Desnos.

