Crocodile dis donc !
Quand il ne gardait pas les moutons, voici ce que le berger Sylvain confiait à son Dictionnaire d'amour :
BELLE. – ( Femme. ) Meuble précieux et rare, qui figure bien dans un salon ; il faut avoir soin de le placer devant une glace.
Il est nécessaire d'avertir ici qu'il s'en fait beaucoup de contrefaçons.
– Si c'est une table basse... gare à la malédiction !
– Plutôt que te gausser, tu ferais mieux de lire Les Crocodiles* : Thomas Mathieu traite en bande dessinée des histoires de harcèlement et sexisme ordinaire dont sont victimes les femmes dans leur quotidien.
La mairie de Toulouse** vient de refuser l'exposition des planches du Projet Crocodiles qui devait marquer la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes***.
Images extraites du site Projet Crocodiles.
* Livre aux éditions du Lombard. Le livre et le site Projet Crocodiles expliquent la démarche de l'auteur : mise en images de témoignages de femmes.
** France 3.
*** Journée du 25 novembre sur le site des Nations unies.
À groite ou à dauche ?
Il y a quelques jours, Thé âche écrivait en substance, à propos de poésie, « à chaque fois qu'on croit être arrivé à en donner une définition, il y a toujours un exemple qui sort du cadre.» C'est tout à fait le cas d'Ernst Jandl, poète autrichien (1925-2000) qui s'est attaché à briser la langue, dans des textes provocateurs que ses traducteurs en français essaient de rendre au plus juste.
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wanderung vom vom zum zum von vom zu vom vom vom zum zum von zum zu vom vom zum zum vom und zurük
Ernst JANDL |
randonnée du du au au de du à du du du au au de au à au du au au du et retour
transcrit de l'allemand |
Conjonction d'une balade et d'une lecture, le texte choisi ne donne qu'une faible idée de la puissance créatrice d'Ernst Jandl.
Si on souhaite aller plus loin :
– Groite et dauche, traduit par Lucie Taïeb, Atelier de l'Agneau, 2011, 128 p., 15 €
– Retour à l'envoyeur, anthologie, textes traduits par Alain Jadot et Christian Prigent, Grmx éditions, 2012, 128 p.,12 €
– Luminesens, bilingue, textes transcrits par J.F. Mura dit K.J. Djii, L'Atelier du grand tétras, 2013, 160 p., 15 €
Parade
St-Symphorien – novembre 2014
Chez nous, ce ne sont pas les cieux, mais les arbres qui sont frappés d'alignement.*
* Dans Le Grand Pan, de Georges Brassens :
« La bande au professeur Nimbus est arrivé’
Qui s'est mise à frapper les cieux d'alignement,
Chasser les dieux du firmament.»
Notule
Pour la Toile de l'un, je voyais une maison. J'ai dessiné une maison.
De face. Ni paille, ni bois. De celles qui apaisent, rassurent, ressourcent.
Pour la Toile de l'un, je voyais des fleurs – de rhétorique ? Bouquet, feu d'artifice.
J'ai dessiné des fleurs. En boutons.
Pour la Toile de l'un, je voyais une main. Pour le partage.
Je n'ai pas dessiné la main : c'est le bouquet !
Voilà. La poésie, c'est un peu ça.
– Et en même temps, c'est pas pareil.*
Pourquoi m'étalé-je ainsi ? Ah oui ! Sur la Toile de l'un**, Alain Boudet a choisi État de chaises pour livre du mois. Avec une note*** critique qui me fait part belle et me ravit.
* Rappelez-vous : Différence.
** Bien sûr que la visite s'impose, d'autant que Jean-Luc Guy en a fait un restylage de toute beauté.
*** Il parle de notule. Quelle modestie !
Milieu
Natif des Poissons, je ne vous félicite pas. Vous allez friser la luxure au cours de la semaine à venir.
« Vous aurez du mal à trouver la bonne distance avec une personne de votre entourage... Soit vous serez trop proche, trop intime, soit vous serez trop distant. À force de tâtonner, vous finirez par trouver le juste milieu.»*

Sur notre illustration**, on aura une idée de ce qu'il faut entendre par trop intime ou encore tâtonner. Et on n'aura aucune peine, sauf à souffrir de myopie, à trouver le juste milieu.
* Prévisions astrologiques de Christine Haas, pour la semaine du 16 au 22 novembre. Les natifs des autres signes ne sont pas forcément mieux servis. Consulter TV Magazine (16-22 novembre 2014), page 71.
** Alexis Axilette, Silène entraîné par les nymphes, Musée des Beaux-arts d'Angers.
Quant à l'automne
« Ceux qui ne savent pas se servir de l'automne...»
La phrase de Georges Brassens reste ainsi en suspens, sans qu'on soit sûr d'en saisir le sens. Quant à l'automne, il fait jaune.

Comment j'ai fondu
Comment j'ai fondu devant tant de gentillesse (c'était la journée*)...
Gare. Kiosque à journaux.
Achète Que choisir ?
Me rend la monnaie. Ajoute :
– Tenez, avec votre revue, ce cadeau.
Échantillon
de fond
de veau !
* Comment peut-on imaginer une journée de la gentillesse ?
Pêche au gros
Ce pêcheur pouvait-il rester sourd à la supplique du poisson :
– Je suis chétif, je tête encore ma mère, je fais toujours pipi au lit, je n'ai pas appris ma poésie, je vous présenterai une sirène de mes amies, j'aimerais tant faire de vieux os... Et tout un florilège de billevesées* qu'il concluait par :
– Ayez la bonté de me remettre à l'eau !
Vous devinez le pêcheur attendri rendre sa liberté au poisson, lui soufflant au vol et à l'ouïe – là, vous me connaissez ! – Que ton vœu soit exaucé.
Eh bien, nenni ! Savez ce qu'il dit le pêcheur, rejetant à l'eau ?
– Appât d'souci !
* Remarquable débit, avouons-le, chez un muet de naissance.
Assieds-toi, j'ai une mauvaise nouvelle
Chiures en pattes de mouches sur le tablier d'un pont routier ; Le Mans – novembre 2014
"1400 CDI sans chaise". Voilà comment un directeur financier de France Telecom désignait les fonctionnaires dont le groupe devait se séparer.*
– C'est chié ! T'as été viré ?
– Non, j'ai changé de trajectoire.
Y aurait-il un lien entre cette brutale information chaisière et les chiures d'oiseaux ?
* La vérité sur… la stratégie de harcèlement qui a miné France Telecom, Challenges, 5.11.14
Merci à Bernard qui m'a signalé ces 1400 CDI sans chaise.
11 novembre
Qui aurait pu imaginer, le 11 novembre 1914, qu'il y en aurait encore pour quatre ans ? Pas ces Poilus, cités à l'ordre du jour de l'armée. Actes dérisoires, comportements dérisoires, sur lesquels on a fondé une nation.
Parues au Journal officiel, les citations suivantes sont reproduites dans le Petit Parisien du 11 novembre 1914.
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Gautard, caporal au 83e d'infanterie (a fait preuve, comme chef de patrouille volontaire et en diverses circonstances, d'un grand courage ; blessé à la cuisse le 27 septembre, a répondu au commandant du régiment qui le félicitait : « Je regrette de n'avoir pu faire mieux.»)
Déchelettte, capitaine de territoriale au 298e d'infanterie (a été tué le 5 octobre, alors qu'il entraînait sa compagnie sous un feu violent d'artillerie et d'infanterie, et lui avait fait gagner 300 mètres de terrain avant de mourir, a demandé au lieutenant-colonel commandant le régiment si on avait gardé le terrain conquis et, sur sa réponse affirmative, lui a exprimé sa satisfaction, en ajoutant qu'il était heureux que sa mort servît à la France). |
Truchot, soldat au 27e d'infanterie (étant en patrouille et ayant reçu l'ordre de se retirer et de prévenir que les munitions s'épuisaient, est parti sous un feu très violent, rapporter ses propres cartouches à son chef en lui disant : « Voilà toujours les miennes que j'ai oublié de vous remettre avant de partir.») |
Benoît, cavalier au 17e dragons (en vedette le 27 septembre et blessé d'une balle, revenait péniblement en arrière à pied, quand il s'aperçut qu'il avait perdu sa lance, est retourné la chercher et, en rejoignant son officier de peloton, lui a dit : « Ils auront peut-être ma peau, mais ils n'auront pas ma carabine ni ma lance.»)
Durand, soldat au 16e d'infanterie (réformé et engagé pour la durée de la guerre, s'est distingué dans les combats du 7 octobre, en s'élançant le premier à l'assaut d'une tranchée allemande ; grièvement blessé, a refusé le secours de ses camarades, en leur disant : « Laissez-moi, vous serez plus utiles au combat ! » ; est mort le lendemain des suites de sa blessure).
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Source : gallica.bnf.fr pour les citations, cartes postales anciennes pour les illustrations.




