Entourloupe toi-même
Bannière pour le Printemps poétique de la Suze, édition 2016 (détail)
Sur ce portrait de Jean l'Anselme, par Jean Dubuffet, on ne manquera pas d'observer comment le poupon use de ses petons pour tenir son biberon, réservant ses mains, surtout la gauche, à de futurs occupations d'écriture.
Juste après guerre, la rencontre de Jean Dubuffet va être déterminante pour le poète.
« Comme lui, j'étais opposé à l'art des musées, l'art officiel, l'art "culturel" et j'avais imaginé d'écrire "de la main gauche" ce qui me permettait un retour aux sources de l'expression en recréant des tournures de langage proches de celles des enfants...»*
la plus gauche des deux
parce que ma main gauche
ne sait pas ce que sait
ma main droite et que
ma main droite en avait
assez d'aller aux écoles.
Encore un peu de patience, et Jean l'Anselme paraîtra dans la collection Poésie des éditions Gallimard**.
* rapporté par Robert Sabatier, Histoire de la Poésie française, La Poésie du vingtième siècle, Métamorphoses et Modernité, Albin Michel, 1988
** Lire à propos de cette collection, le billet ruminé par Claude Vercey sur le site de la revue Décharge (De Paul Éluard à James Sacré – I.D. n° 616).
Col fatal

J'avais dans l'idée de dessiner une nuit blanche.
Raté.
Bien qu'un soupçon de bleu l'anime, nuit plus noire, on sera bien en peine de trouver.
Elle s'abat sur Roland qui s'époumone dans son olifant. Mon gars, faut pas tomber en embuscade la veille d'un week-end, tu trouveras personne pour te porter secours.
Nuit à Roncevaux, 2016, encre et craies sur feuille journal, 12 x 17 cm
Un appel anonyme de la forêt

Ce n'est pas parce qu'on ne sait rien qu'on ne doit pas le faire savoir,* ainsi Monsieur Buffon :
« Nous donnons ici figure d'un animal nouveau, c'est-à-dire, inconnu à tous les Naturalistes, [...] cet animal dont nous ignorons le nom, & que nous appellerons l'Anonyme, en attendant qu'on nous dise son nom, a quelques rapports avec le lièvre, & d'autres avec l'écureuil.»**
* Pierre Dac disait la même chose, un peu plus vertement.
** Source : Buffon, Histoire naturelle (gallica.bnf.fr)
Un certain Blaise

L'inventeur de l'échelle tira profit de la découverte du barreau par un entêté qui s'obstina, sa vie durant, à mettre des bâtons dans les roues de ses congénères avant qu'on en vît tourner la première.
Ne voit-on point G ?
Où en sont les académiciens de leur dictionnaire, peut-être à la lettre F avec l'entrée récente d'Alain Finkielkraut ?
L'Atelier de Groutel, lui, vient de publier le volume G du Dictionnaire de l'inutile. Je me demande si le sous-titre Jus de mots ne cache pas justement un jeu de mots. Ça ouvre sur les définitions – quoi de plus naturel ! – mais aussitôt le lecteur est invité à trouver dans les pages suivantes le dessin associé. Un dessin qui plie la lettre initiale au mot.. Ainsi, par exemple :
– Un des frères comiques.
– Le galant en était friand pour sa belle, maintenant c'est plus l'histoire des électriciens.
Wolfragin, Dictionnaire de l'inutile, lettre G, 4 € franco à l'Atelier de Groutel, 25 Groutel, 72610 Champfleur
À quoi tient un miracle...

Et Jésus changea la neige en eau.
Puis l'eau en vin.
Il vit que cela était bon
et se resservit un verre.
St-Symphorien – janvier 2016
Une chute

La nuit tombe sur l'épaulette du général, 2016, encres et craies sur papier, 20 x 29 cm
Si l'épaulette d'un général n'a jamais empêché la nuit de tomber, on peut douter de l'utilité de l'épaulette...
Et de l'utilité du général.
Note du webmestre
Puisque tout se dégrade, on retrouvera avec plaisir l'amiral Arima sur ce billet ancien.
Quel déchirement ?
Où l'auteur révèle quelques-uns de ses procédés de fabrication.
Sans croquis préalable, le personnage en quête de chaise est déchiré dans une feuille de papier. Même si les doigts sont habiles, le déchirage n'a pas la précision du crayonnage et oblige à des choix de lisibilité qui influent sur le résultat et contribue à son aspect grossier – effet recherché.

On retrouvera dans les papiers déchirés, le modèle de la linogravure.
Vous reprendrez bien un peu d'état d'urgence
Le billet suivant a été mis en ligne le 1er novembre 2009.
Je vous connais, ça donne envie de tronçonner... Attendez, ça va être pire. D'où vous êtes, vous ne pouvez pas lire l'argument publicitaire. Je vous le livre donc, à la virgule près. Je cite :
« Tôt le matin, le thé est servi, il fait déjà chaud. On se prépare, les regards sont durs et apaisés à la fois car nous y sommes, la vie de bûcheron s’ouvre à nous. Se retrouver au milieu de la clairière et humer l’odeur du tronc fraîchement coupé, la franche et virile camaraderie qui suit la sensation du devoir accompli. Une STIHL à 199 € c’est une affaire, dès que l’on trouve un arbre dans le coin, on va tronçonner, s’éclater comme des bêtes.»
* Publicité relevée dans le supplément TV Magazine Ouest du 30.10.2009
Ça a l'air tout conte...

Depuis qu'il s'est mis à son conte, Yannick Lefeuvre a accumulé une expérience et développé une réflexion dont il fait part dans Paroles de conteur ! Sous-titre : Ça va mieux en le disant !!!
Dès le début, le ton est donné. On se frotte au dit, au disant, au dire... ladada ! Mais pas à la disette.
Parmi les raisons d'entendre ce qu'il écrit :
« Je suis convaincu [...] que l’écoute de ce genre de récit modifie l’approche de l’autre, l’approche de soi, gère les pulsions agressives inhérentes à tout être et place l’imaginaire à sa juste place [...] être la meilleure chance qu’on ait contre la pire des énergies.»
Ou encore, cette invite aux lecteurs-lectrices à solliciter leurs imaginations. « Si de plus, elles sont en écho avec les miennes, je suis preneur et si elles ne le sont pas, même chose, ça m’intéresse… et on en parle ! »
Le livre est disponible chez Edilivre, maison d'édition alternative (sic). Autre titre : Petit traité du bon usage des contes. On peut lire les premières pages de chacun des livres.