Et la cuscute dans tout ça ?
à Zachary Gaudin, docteur
Y avait rien à la télé. Le match c'était pour le soir – Il paraît que Benzema a marqué. Tiens, me dis-je, si j'allais soutenir de ma présence attentive un souteneur de thèse.
Au hasard : Place de l'azote dans l'interaction plante - plante parasite : colza - orobanche.
Le colza fleurit jaune pimpant au printemps, l'orobanche, qui vient d'être dénoncée comme parasite, n'a même pas de chlorophylle, c'est dire si elle n'a pas les dents blanches.
On a bien senti que le souteneur était pour le colza – si pimpant – ; il a chargé l'orobanche qui a canné sur la fin quand tout le public a applaudi. On a appris que l'azote n'était pas seule dans le coup, le soufre a compris aussi sa douleur. C'est dire qu'il y avait de quoi être tenu en haleine... Entrer plus avant dans les détails nous entraînerait trop loin. Retenez seulement que le diesel va encore augmenter.
Pour illustrer, je n'ai trouvé que cette image qui a le mérite d'être jaune – certes pas pimpant mais on tiendra compte de ma bonne volonté.
Ciel (jaune)
2008, acrylique et collage sur toile,
100 x 81 cm
Clairvoyance
Nèfles
« Jean-Marie Le Pen, c'est un homme exceptionnel, hors normes. À 85 ans, j'aurais certainement pas sa vacuité et sa clarté d'esprit.»
Ce n'est pas moi qui l'ai dit – ça me vaudrait procès – mais Laurent Lopez, nouvel élu d'un parti qu'on ne sait plus trop où situer.
– À propos, pourquoi des nèfles ?
– Pour rien.
* France Inter, Interview de Laurent Lopez, par Clara Dupont-Monod : le nouveau conseiller général accuse (après 5 mn 40)
Des mots sous le sens
Une jeune Kosovare arrêtée et expulsée lors d'une sortie scolaire. (Le Figaro)
Léonarda, 15 ans, arrêtée et expulsée pendant une sortie scolaire. (RESF sur le blog de Médiapart)
Les faits sont suffisamment insupportables et propres à soulever l'indignation pour qu'on n'ait pas* à utiliser le terme de rafle, dont je rapporte la définition :
Arrestation massive opérée à l'improviste par la police dans un lieu suspect.
Arrestation massive de civils préalablement réunis afin de les interner, de les déporter. La rafle du Vél'd'Hiv, en 1942, coûta la vie à de nombreux juifs et
résistants.**
Souhaitons que le poète ramène à plus de discernement.
Ennemis
Toi, t'es bien d'un autre village.
T'as pas les mêm' sabots que nous.
Sur ton épaul' c'est du plumage
Et nous aut' on a du burnous.
Quand on fait chacun son fromage,
Ça lui donne un tout autre goût.
T'as pas les mêm' sabots que nous,
Ça fiche un tout autre tapage,
Rien qu's'couer nos boît' à clous,
Ça fiche un tout autre tapage,
Et puis et puis y a ton parlage
Qui vous cogne sur le bambou.
On peut bien l'dire : ton salivage,
Ton potag' qui pouss' des glouglous,
Ton quillage et ton tatouage,
Tout ça nous cogn' sur le bambou.
Toi, t'es pas de notre village
On peut bien l'dir' : ton salivage
On en a marre, on est à bout.
Donc, faudra qu'on passe aux carnages
I' rest' plus qu'à s'rentrer dans l'chou.
Geo Norge***, Le Gros Gibier, 1953
* Je ne vais pas me faire que des ami-e-s.
** Le Robert, Dictionnaire culturel en langue française, sous la direction d'Alain Rey, 2005
*** Sur le net, ce texte est généralement attribué – sans doute à leur insu – aux Têtes raides qui l'ont mis en chanson.
Air souillé
Reçu ce message de Francis Krembel, poète et président de l'association Rochefort en Poésie.
Titi Robin, artiste du Maine-et-Loire, est l’auteur d’une quinzaine d’albums. Il a été nominé l’an dernier aux Victoires de la musique.
Il dit sa tristesse suite aux insultes que Christiane Taubira a reçues de la part d’Angevins.
Lettre ouverte
« Permettez-moi de prendre la parole d’une manière personnelle.
Je suis né dans un village angevin où on élevait (comme toujours aujourd’hui) des vignes pour élaborer un vin moelleux, généreux, destiné au partage, à l’accueil des visiteurs, aux célébrations
familiales. J’ai reçu dans ce village une éducation traditionnelle, riche, que je porte avec fierté, qui m’a permis de voyager et de rencontrer de par le monde des hommes et des femmes avec leurs
propres bagages culturels.
Nous avons échangé, et ainsi je me suis construit, j’ai grandi, mariant mes racines à celles rencontrées. Comme je savais d’où je venais, je retrouvais toujours ma route. Durant toutes ces
années, je suis toujours resté fidèle à ma région. Je l’aime.
Aujourd’hui, je suis blessé, humilié, et en colère. Les paroles et gestes d’une enfant d’une douzaine d’années et d’un notable expérimenté auraient-ils souillé l’air ?
Ou bien est ce le silence et l’apathie qui ont suivi ces événements qui me troublent ?
De France et de l’étranger me parviennent des messages : « Que se passe-t-il chez vous ? Pourquoi les gens sont-ils devenus ainsi, en Anjou ? »
Dans les rues d’Angers, des gens évoquent leur gêne ou leur honte à voix basse. Je ne pense pourtant pas que nous ayons changé. La lâcheté ou tout au moins le manque de clairvoyance de nos
dirigeants (de gauche) comme de leurs collègues dans l’opposition (de droite) encourage certains intellectuels, certains médias et des gens de pouvoir à développer dans le pays une atmosphère
profondément malsaine. Il y a là quelque chose de pathologique, la
crise encourageant le repli sur soi.
Du coup, cette minorité dans notre société, qui a porté et portera toujours en son sein des idées empoisonnées, se sent soudain libre de les exprimer au grand air. Notre pays avait connu ce phénomène il y a longtemps.
Il y a aujourd’hui comme un relâchement moral nauséabond.
Et puis voilà : une fillette de douze ans peut traiter comme un animal, en rigolant, en l’insultant, devant le public, la presse, et ses parents ravis, une femme d’une grande culture
intellectuelle et morale, représentante du gouvernement, car l’enfant a la peau blanche et la femme la peau noire.
Un notable d’une ville de la région ironise autour de l’extermination pendant la deuxième guerre mondiale des ancêtres d’une partie, minoritaire, de sa population (qu’on appellera ici Gens du
voyage) et se félicite aujourd’hui de les chasser de son territoire.
Ces événements sont mis en lumière car ils concernent des personnages publics. Nous devons savoir qu’ils correspondent à la face émergée du problème.
Cela signifie que bien d’autres personnes souffrent en silence. Si notre corps social est endormi, affaibli, il importe de réveiller ses anticorps. Il importe aussi de parler fort. Ayons confiance en nos forces, nous devons pouvoir continuer à être fier de qui nous sommes, de nos racines comme de notre hospitalité, qui vont de pair. »
Thierry ROBIN
Pouls
« Mon sein renferme un cœur qui bat pour la patrie.»
Rassurez-moi, Armand, vous n'avez point prêté l'oreille au versificateur*...
Le 23.3.18
Ma chère Amie,
C'est ce matin en me levant que je pense à t'envoyer cette petite carte qui ve te donner de mes bonnes nouvelles car je suis toujours en bonne santé et je te
souhaite de tout mon cœur qu'il en soit toujours de même vers toi.
Je suis toujours (mot biffé) en tranchées. le secteur ne va plus s'appeler tranquille car le canon ne cesse de tonner. voilà 3 jours que ça
continue.
je pense que tu dois avoir vu mon frère dans sa permission. il doit repartir ces jours-ci. ce n'est pas long mais il faut bien durer.
Ma chère Joséphine je termine en t'envoyant toujours mes plus tendres et doux baisers.
Ton ami Armand qui t'aime pour toujours. affectueux souvenirs.
* L. T. Semet, Souvenirs poétiques, Lille, 1833
Sébastopol
– Y z'en ont pris deux sous le portique ! * (un bonnet rouge)
Notre illustration** : l'arbitre siffle la fin des illusions.
* Allusion à la défaite de l'équipe de France de football devant l'Ukraine.
** Source : gallica.bnf.fr. Études aux deux crayons par V. Adam, Les Zouaves à l'Alma. Siège de Sébastopol (Ukraine).
Sélection
Pour avoir correctement donné le titre du tableau du Douanier Rousseau, j'ai, lycéen, gagné un abonnement à une revue qui digère les ouvrages sélectionnés par ses rédacteurs. C'est dire si j'ai lu tous les livres !
Ce ticket d'entrée au musée de l'Orangerie me consolera de n'avoir pu y voir cette fois, la Carriole du père Juniet, partie à Mexico. Si vous passez dans la région, ne manquez pas la visite.
Un aréopage
Printemps des poètes de Durcet*, avril 2005.
On a parlé à l'époque d'un aréopage de poètes. C'est abusif. L'assemblée était si dissipée qu'on aurait pu parler d'une classe en fin d'année scolaire, après que tous sont assurés du passage dans la division supérieure.
Un clic sur les images pour agrandir – photos Maïette
Une pensée particulière pour Liska (en manteau gris, au centre de la photo), décédée en février 2011.
* Tout ça pour rappeler que la poésie suit son chemin à Durcet en 2014. 12 et 13 avril : Sur le chemin des poètes et Petit salon de la poésie.
So long
So long old grand’father
Enfin, le silence du repos.
Au milieu du tintamarre
de son départ,
le vieux se souviendra
de
l’insupportable, éternel silence de la geôle,
et aussi
du bruit des bottes en caoutchouc
du glissement métallique
de la gamelle.
Il entendra
les rires des flics
blancs,
qui, sans cesse,
lui crachaient
ses morts annoncées.
Il a quitté le chemin de ces bruits.
Ceux des cliquetis des fers.
Steve Biko, et Malcom X,
marcheront à ses côtés.
et puis aussi tant d’autres…
Dans une autre prison,
au milieu d’un autre continent,
Mumia Abu-Jamal
se meurt.
So long,
Old grand’father.
Mister Nelson Mandela.
Oncle Pa
Dessin pour la mort de Nelson Mandela – étude pour linogravure


