Nuances
Vimarcé (53) - janvier 2015
Nuances de gris.
Une cinquantaine.
Plus une, empruntée à M. de Réaumur, dont on va bien se demander ce qu'elle fiche ici :
« J'eusse eu peine à prendre un papillon si gris, pour le mâle d'une femelle si blanche, si je ne l'eusse vu se poser sur elle comme pour s'y accoupler, & rester constamment dans cette position pendant plus de seize heures.»*
* Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, 1736
Jardin extraordinaire
à M. & P.
De nos ami-e-s, on devrait parfois se méfier, tant ils/elles poussent des portes étroites, écartent des haies vives, ouvrent des sentes oubliées sur des jardins tus, mais qui nous tiendrait à l'abri de trop de soleil, trop de vents, trop de gels, trop de pluies, trop de neiges...
Pascal Juhel, Carrés de jardins, 2014, linogravure et encre, 20 x 20 cm
De zamac

Autre crayon, monté en épinglette.
Il y a là, sur 2,5 cm, un condensé d'humour
qui n'aura pas échappé aux plus érudit-e-s.
L'objet date des années de pointe du pin's.
De bois
À l'heure des tablettes, le crayon résiste, se rend indispensable. Symbole de l'école, symbole de la communication*, voilà qu'il est en passe de devenir un symbole de liberté. Le crayon guidant le peuple. Titre de la photo de Stéphane Mahé, saisie lors de la marche républicaine du 11 janvier 2015.
Un mois plus tôt, le crayon brisé illustrait, en couverture de Marianne, un dossier sur l'échec de l'école. On pourra voir plus qu'un lien entre cet échec scolaire et les attentats contre Charlie hebdo.
* À propos du crayon qu'elle utilise dans son logo, une agence de communication italienne consacre une belle page à l'histoire de cet objet, en convoquant à l'occasion Paolo Coelho qui fait descendre l'homme sage du crayon.
Sciatique ?
Nous sommes aujourd'hui en présence de la photo de la place d'une ville pas encore couchée et d'un poème quasiment tout fait, emprunté à la meilleure source*, ce qui constitue un gage de sérieux des conseils prodigués. Cette confrontation image / texte est sans doute porteuse de sens ; personnellement, je ne l'ai pas trouvé.
Le Mans - place de la République – janvier 2015
Posture
Découvrons le yoga.
Aujourd'hui : la mouette.
Partir debout jambes très écartées.
Descendre en écartant les bras
et en expirant par à-coups
par la bouche jusqu'à vider
complètement les poumons.
Revenir en inspirant lentement.
La posture nettoie les poumons
et étire le nerf sciatique.
Que du bonheur !
* Fédération francophone de yoga.
Nommer
Rediffusion estivale (billet paru en janvier 2015)
Scène d'intérieur.
Nommer l'œuvre est parfois délicat. Ici :
Sur ses genoux, chatte qu'elle caresse
La précision "sur ses genoux" permet d'éviter la méprise entre l'animal et la chose*. Elle retarde également le moment où le félin connaîtra le sort de son arrière-cousin connil, victime de polysémie. Cette précision, néanmoins, manque de rigueur, puisque, en l'occurrence, on n'est ni sur les genoux, ni sur les rotules, mais sur les cuisses. L'usage semble s'en satisfaire, le musée du Louvre ne décrit-il pas ainsi La Vierge aux cerises, d'Annibal Carracci : « La Vierge tient sur ses genoux l'Enfant Jésus ; saint Joseph lui soutient la main et lui donne des cerises.»

* J'aurais pu, me direz-vous, parlez d'un chat, mais c'eût été travestir.
Sur ses genoux, chatte qu'elle caresse,
2015, carton peint et découpé sous blister, 24 x 15 cm
Ouaf (bis)

Par souci de discrétion, j'aurais peut-être dû choisir de montrer ma fleur un autre jour que celui de la sortie de Charlie hebdo.
gravure + palette graphique, 2015
Les dinosaures ont disparu, la connerie pas encore.
Pendant la marche républicaine, au Mans, le 10 janvier.
Claude Vercey* : « Le plus simple, et au final le plus évident : continuer de faire avec passion ce que nous avons choisi d’accomplir, faire ce que nous savons faire. Allez, on continue...»
Jean-Christophe Pucek** : « À vous tous qui faites primer une foi bien souvent abâtardie, quel que soit le dieu que vous prétendez prier, sur le respect de la loi républicaine ou de la vie même, je veux dire que, la nausée surmontée, vous me donnez l’envie d’aller encore plus chez mon libraire ou à la bibliothèque, de m’attarder dans les musées, de m’asseoir dans une salle de concert, de poser un disque sur ma platine.»
Après la marche, je continue, passe en librairie, en ressors avec :
« Le Livre de ton âme
Tu ne sais plus où te cacher, comment leur faire comprendre qu'il faut
qu'ils arrêtent maintenant de toucher avec leurs doigts gras
le livre de ton âme, pur, ensoleillé, miraculeusement non encore
corné, champ de blé en herbe non encore parcouru
par les noirs corbeaux, les perdrix grises de leurs pensées...»
Laurent Cennamo, À celui qui fut pendu par les pieds, éd. La Dogana
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« nous existerons, aussi petits qu'un peu de pollen dans la tourbe,
comme un peu de virus dans les os, peut-être comme hélodide,
peut-être comme un peu de trèfle blanc, vesce, un peu de camomille
exilée au paradis reperdu [...] »
Inger Christensen, Alphabet, traduction J. & K. Poulsen, Ypsilon éditeur
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« [Victor Hugo]
Loin des prêtres, hiboux que la lumière effare,
Loin des tyrans, vautours châtrant l'humanité,
Le poète géant se dresse comme un phare
Éclairant l'univers avec la vérité.»
Maurice Rollinat, Le Cabinet secret - Pièces érotiques et politiques inédites, éd. du Sandre
* Revue Décharge, 8.01.15
** Wunderkammern, trouvailles pour esprits curieux, 10.01.15
Refaire
Puisqu'il y a un bout de monde à refaire,
commençons tout de suite par nous aimer.
Détail de la statue Picasso, de Robert Tatin.
Allée des Géants, musée Tatin, Cossé-le-Vivien.
Attentat à Charlie hebdo

Wolinski, Cabu, Charb, Tignous... Ils me rendaient visite chaque semaine dans Charlie, le Canard enchaîné ou Marianne. Avec le temps, ils faisaient partie de ma famille. Des gens de peu de foi les ont tués. Comme d'autres avaient assassiné 132 écoliers et leurs enseignants au Pakistan. La liberté de parole et le lieu où on apprend à l'exercer font toujours peur.
Mes plus chaleureuses pensées vont vers les victimes de l'attentat et leurs proches.