Seizième
– Tu ne t'es pas foulé ! Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir commenter ? aurait pu écrire Minik Do, dans son commentaire du 7 courant. Il aurait pu... Mais non. Bondissant sur sa chaise à chaque coup gagnant de son favori...
lors d'un seizième de finale du tournoi du Jeu de Paume. M. Reverdy* qui vient de battre M. Capet, en deux manches sèches, se jette dans les bras de son entraîneur. Joie de courte durée : son royal adversaire va acheter – 15 louis – sa place pour le tour suivant.**
Défait en huitième, M. Louis Capet achètera – 20 louis 6 sols – sa place en quart.
Défait en quart, il achètera – 30 euros (sic) – sa place en demi.
Défait en demi, il l'achètera pour la finale, où il finira*** par perdre la tête.
* « M. Reverdy est un exemple de l'ascendant qu'ont les joueurs tranquilles sur ceux qui, se dépitant à tout moment contre les chances du jeu, sont dans une
agitation qui nuit toujours à leurs facultés », disait de lui, M. De Man, dans son Traité sur la connoissance du royal jeu de paume et des principes qui sont relatifs aux différentes parties
qu'on y joue.
** On a peine à imaginer de nos jours, que la richesse puisse suppléer le talent.
*** Ouf !
**** Illustration : détail d'une esquisse de David.
Renvoi
– Tu ne t'es pas foulé ! Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir commenter ? aurait pu écrire Claude, dans son commentaire du 9 pour l'article du 7 courant, mais sans qu'on l'ait prié, c'est un sonnet qu'il a livré. Un peu court certes, mais sonnet tout de même – si on y met du sien.
Je lui renvoie l'escalier.
Étude de personnage au bas d'un escalier (encre de Chine, 2010)
Zeugma
Jusqu'au 23 août : programme de rediffusion pour l'été et pour plaire aux nouvelles lectrices et nouveaux lecteurs.* Je ne rebondirai pas sur les commentaires. Un clic sur l'image renvoie à la publication originale.
Bateau de pêche portugais - détail du décor
* Le zeugma est un procédé qui consiste à rattacher grammaticalement deux ou plusieurs noms à un adjectif ou à un verbe qui, logiquement, ne se rapporte qu'à l'un des des noms. Certains diront qu'il ne s'agit pas là d'un zeugma, mais d'un hendiadys. Laissons-les dire.
(Re)fermer avant de l'ouvrir
Ne pas y aller par quatre chemins
"Elle intente un procès contre la société Quatrem assurances collectives..."
Le Monde, 20.01.07
Attention au trou
Christopher Thomas, responsable du contentieux chez McAfee : "Nous [...] regrettons que Microsoft n'ait pas
respecté [...] les déclarations creuses prononcées par sa direction".
Vnunet.com, 20.10.06
Douceur du village
Christophe Rouillon, maire de Coulaines, à propos de l'incendie volontaire d'un bus : "C'est un acte grave [...], mais ce
n'était pas un acte de violence urbaine"
Ouest-France, 6.02.07
Qui peut le plus peut le plus
Yves Cochet, député de Paris : "Qu'est-ce que rajoute en plus la candidature de Bové ?"
France Inter, 1.02.07
Roman en deux volumes
Sur le dernier vide-greniers visité, j'ai fait emplette de livres pieux*.
Sur un autre de ces lieux de déballage, un ami** a déniché cette Prostituée – roman en deux volumes – qu'il m'a offerte***. De M. Victor Margueritte.
Ça commence fort : la jeune Annette a été raflée sur un trottoir par Brice l'Auvergnat. Au violon ! Nous, on sait que c'est une injustice, mais pas le fonctionnaire suspicieux. Pauvre petite couseuse ! – elle est couseuse. Sa chair de vierge tressaille d'une horreur secrète.
* Authentique !
** Je soupçonne sa complice d'être aussi sa compagne. Et réciproquement.
*** Ah oui ! L'accord je le vois là !
Carnet rose
Au jardin, première fleur de courgette de la saison.
C'est un garçon !
J'achève le premier volume de Prostituée.*
Dans les mansardes des maisons cossues, les bourgeois lutinent les bonnes que les bourgeoises congédient aux premières rondeurs.
Le roman vaut beaucoup pour les opinions portées en marge du récit. Victor Margueritte, la légion d'honneur, on n'aurait jamais dû la lui donner !**
Portrait d'un petit juge*** :
« Non que l'honorable sous-chef fût un malhonnête homme. C'était, en dehors de sa manie, un homme comme la plupart, ni bon, ni méchant, qui avait été élève passable, puis bachelier, puis employé. Il avait, sur toutes choses, des opinions immuables, celle qu'une moyenne éducation universitaire lui avait données. Incapable d'une idée générale, d'un jugement personnel, il était un des innombrables produits de cette machine à décerveler, qui fonctionne, avec privilège de l'État, sous le nom d'enseignement secondaire. La société pour lui était bien faite. Il n'avait jamais réfléchi au comment, ni au pourquoi. Esclave né du principe d'autorité, il emprisonnait, arbitrairement, des innocentes, d'abord parce qu'il touchait pour cela, à la fin du mois, de réguliers appointements, ensuite parce qu'homme d'ordre, d'économie, bon mari et bon père, il estimait n'avoir affaire qu'à des coupables.»
Ça ne vous rappelle pas quelqu'un ?
* Comment j'en suis arrivé là !
** Lire le commentaire de Topa sur l'article précédent.
*** p. 107. Quelques pages plus loin, une charge contre le Bon Pasteur (« Ces maisons-là, c'étaient des prisons pires que les autres.»)
Lectures improbables - 1
– Dis-moi ce que tu lis, je te dirai...
– Ça ne va pas être facile...
En ce moment, le témoignage d'une vie plutôt mal partie. Acheté parce l'auteur s'appelait Anita. Pas celle de la Pêche à la baleine ! Ici, c'est un pseudonyme. Que l'auteure oublie au cours de son récit. Je lis, page 11 : « Le diminutif de mon nom est Nicou.» Annick, vous auriez pu être plus attentive !
Lectures improbables - 2
Dans les
Spicilèges amoureux de Mr Ploton – les miscellanées consacrées à la sexualité – il apparaît que les boules de Geisha... ne sont pratiquement pas utilisées au Japon... où
Chichi (乳) est la perversion consistant à donner le sein à un sujet adulte.*
* Éditions Blanche, 2008
Ci-contre : l'Hercule Farnèse du Jardin des Tuileries tient des pommes dans sa main.
Je sais, ça fait peur
Plus de 700 romans pour cette rentrée littéraire. On sait bien qu'on ne les lira pas tous et que des perles vont échapper à la sagacité des critiques. Je reviens aujourd'hui sur un petit ouvrage (96 pages seulement), paru en 1955, Fabrique spéciale de Produits vétérinaires.
L'argument est simple : les animaux de la ferme tombent malades les uns après les autres, et le bon docteur Adrien Sassin met au point les médicaments qui vont sauver nos amis. On est tenu en haleine jusqu'au dénouement final, d'autant que le traître est souvent au-dessus de tout soupçon, ainsi "le crapaud attaque le cheval, l'âne et le mulet" (p. 43) ou encore "le muguet des bois est un poison pour les canards et les oies" (p. 71). On est confronté aux mondes de la drogue : "avec la main droite, enfoncer vivement l'aiguille entre chair et peau, en piquant sous les doigts de la main gauche" (p. 17) ; du sexe : "avec les doigts légèrement huilés, introduire une bougie, toutes les huit heures, dans la cavité vaginale" (p. 53) ; de la violence : "on saisit avec le pouce et les deux premiers doigts de la main gauche l'un des testicules" (p. 75).
Les descriptions sont précises et le style alerte dans une langue soignée. Pour être complet, l'ouvrage est subtilement servi par un illustrateur qui sait suggérer.
illustration : douve du foie (p. 32) – fig. 5 : une rédie très grossie, remplie de cercaires ; fig. 6 : un cercaire libre (Il ne le restera pas longtemps grâce au bon docteur A. Sassin.)

