Ombres au tableau
Ombres
Ombres au tableau. Ç'aurait pu. Je tenais un titre et une image. L'image est une photo. Pas eu besoin de peindre. Ni même d'écrire Comment je ne suis pas devenu peintre* – la bien belle relation d'une ambition irréalisée, dans une suite de poèmes qui ne font surtout pas regretter au lecteur le choix de Simon Martin pour l'écriture.
Mon pinceau hésite
Avec lui je me penche
au bord du bol
mais comment peindre
le vide
à l'intérieur ?
* Simon MARTIN, Comment je ne suis pas devenu peintre, Cheyne éditeur, 2015
Mangez du saucisson
Ambroise Paré lisait trop d'illustrés. Ou il prenait des herbes.
Il est plus que temps de manger de la mortadelle et d'apprendre à différencier l'homme du cochon.

« L'estomac de l'homme et celui du cochon n'ont aucune ressemblance : dans l'homme, ce viscère a la forme d'une cornemuse, dans le cochon il est globuleux ; dans l'homme, le foie est divisé en trois lobes ; dans le cochon, il est divisé en quatre ; dans l'homme, la rate est courte et ramassée ; dans le cochon, elle est longue et plate ; dans l'homme, le canal intestinal égale sept à huit fois la longueur du corps ; dans le cochon, il égale quinze à dix-huit fois la même longueur. [...]
J'ajouterai, pour la satisfaction des savants et des beaux-esprits, que le volume de son cerveau est aussi beaucoup moins considérable ; ce qui prouve que ses facultés intellectuelles sont fort inférieures à celles de nos académiciens.»*
* J.-B. Salgues, Des erreurs et des préjugés répandus dans les diverses classes de la société. 1823-1830
Bien quoique bizarre

À la gouache et au pinceau fin, cette maquette pour une exposition de peinture et sculpture est restée dans mes cartons. Je lui avais préféré un autre projet, retenu pour la couverture du catalogue.
C'en n'est pas du balatum

Petite gravure sur plaque de revêtement de sol.
– Chéri ! C'est toi qui as découpé un carré de balatum devant l'évier ?*
– Non pourquoi ?
* Dans la réalité, elle ne m'appelle pas Chéri, mais permettez que je préserve notre vie privée.
Conjoncture défavorable

Est-il charitable de montrer sa chatte dans cette posture aussi peu avantageuse ?
– Maintenant, mon gars, tu ne peux plus enlever le dessin, sinon, à la lecture de tes états d'âme, on ne va pas se perdre longtemps en conjectures.
* Carnet de croquis, sans date
Aphorismes

Une image pour un second volume d'Aphorismes de Jacques Coly, à paraître dans la collection ficelle, chez Vincent Rougier.
L'illustration, ce n'est pas du remplissage, ça ne peut pas être redondant, ça doit venir en contrepoint du texte, l'éclairer éventuellement, l'enrichir, le servir, être une porte d'entrée ; ça dit aussi comment je l'ai lu ; j'y ajoute du clin d'œil ou de la digression...
De la digression surtout. D'où jaillit la lumière. Celle qui éclaire le monde quand, selon le poète, on presse le bouton.
– Tu ne nous donnes pas l'aphorisme en question ?
– Si, si, j'y viens. Vous avez vu comme je m'applique à mettre les couleurs !
– Alors ? Cet aphorisme ?
– Voilà, voilà. Aphorismes et périls. « Le clitoris : l'interrupteur électrique qu'on allume dans le noir.» (Jacques Coly)
Illustrations : gravure et infographie ; pointe sèche ; le peigneur peignant (photo Vincent Rougier)
Prendre soin

Les chambres de cet hôpital sont décorées de reproductions de tableaux de maîtres. On, que le dénigrement n'effarouche pas, me souffle que la Seita a financé l'opération et donne pour preuve ce tableau de Lebasque : La Cigarette.
Pour n'être pas encouragé à pétuner et préserver cœur, artères et poumons, j'ai demandé qu'on échange ce tableau contre cet autre ci-dessous.
Comme ces verts sont vivifiants !

Henri Lebasque – La cigarette. L'homme au puits. Nu sur un divan.
Argos balise

Grand-mère qui a remède à tout m'affirme que le clou de girofle est souverain pour se débarrasser des mouches. Je dis Oui, grand-mère, mais pour crucifier une mouche avec un clou de girofle, il faut, au préalable, l'endormir. Et conviens, qu'il n'est pas très fair-play de clouer une mouche endormie, sans compter le risque de s'écraser un doigt.
Page de carnet à dessins
Étiez-vous au courant ?

Ah, si j'avais eu un Bleu de Gascogne sous l'objectif, j'aurais pu, sans qu'on m'en tînt grief, légender ainsi l'image :
Chien courant courant* courant.
* On voit tout de suite que cet animal n'est pas le rare Welsh corgi pembroke bicolore.
Jarnigoi
Ce Paulo Déroulède, qui encourageait le pioupiou à transpercer le Prussien ! Quel poète ! Quel visionnaire ! Économiste libéral : Pour vivre il faut produire, acheter, vendre. Écologiste : Éteignons les feux qui n'ont plus d'emploi ! Sexologue : Que la semence tombe à l'heure où le jour monte, Et que la main de l'homme éveille, ardente et prompte... Ou encore conseiller conjugal dans ce poème des Chants du paysan que je vous livre en intégralité.

Dürer, Le Paysan et sa femme – Source : gallica.bnf.fr
Conseils
Paysan qui cherches femme,
Prends-la, plus tôt que plus tard,
Au cœur simple, au doux regard ;
Si ses yeux ont trop de flamme...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Ces yeux-là ne sont pas nôtres,
C'est le paradis des autres,
Ce sera l'enfer pour toi.
Prends-la de grandeur moyenne,
Et d'esprit à l'unisson.
Si sa taille et sa raison
Dépassent par trop la tienne...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Forte taille et forte tête,
Pour les tiens c'est la tempête,
Et c'est la grêle pour toi.
Prends-la d'aplomb sur ses hanches,
De corps sain, d'aspect nerveux,
Belle même si tu veux ;
Mais si ses mains sont trop blanches...
Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !
Ces mains ne savent rien faire,
C'est du travail pour ta mère
Et c'est du souci pour toi.
Paul Déroulède
Chants du paysan, Calmann Lévy éditeur, 1894